• Dernières Nouvelles du Sud

    Un voyage au coeur d'un pays de contrastes.

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    DERNIÈRES NOUVELLES DU SUD, Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski,

    Éditions Métailié, 2012

     

    Yvon Deschamps disait… « Vaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade… ». C'est un peu la même logique à rebours qu'emploie l'auteur quand il se déclare contre le pillage et le vol de ressources (humaines inclus) effectué en Patagonie depuis longtemps. Peut-on être contre la vertu?

    Alors le livre pourrait facilement être agaçant à force de jouer sur la même fibre sensible. Dans les récits qui composent ce livre, il y a les « bons » vieux, presque angéliques et le méchant modernisme avec le progrès sans freins et les méchants envahisseurs.

    Si je devais prêter un titre québécois au recueil, ça serait : « Dans le bon vieux temps ça se passait d'même ».

    Malgré mon préjugé, je n'ai pas été agacé. Plutôt intrigué, par la spécificité des récits. Souvent ébloui par le talent non démenti de Sepulveda. Des mots ordinaires relatant parfois une philosophie de vie lourde de sens.

    Premièrement, où c'est exactement la Patagonie et la Terre de Feu? Zip à l'internet et je reviens…

    Eh Ben! Du gros stock. Deux pays et demi: l'Argentine et le Chili (et un peu l'Angleterre si on pousse vers l'archipel des Malouines). Une chaîne de montagne : la cordillère des Andes. De nombreux archipels reliés… reliés un peu… reliés pas beaucoup à l'extrémité sud de l'Amérique australe. Deux océans : l'Atlantique et le Pacifique avec leurs courants et vents souvent contraires. Et… Ah oui, j'oubliais : des gens. Maintenant presque tous fortement métissés mais auparavant, en version indigène, des indiens Téhuelches, Chilotes et Mapuches et en version conquérants, des italiens, des américains, des espagnols, des allemands, des anglais, aussi des suisses, autrichiens, croates. Mixité dites-vous? Terre de contrastes.

    Qu'on rajoute à ce plat, une épice de fort potentiel de richesses naturelles et quand ça chauffera, personne ne sera surpris de sentir un petit arôme d'injustice… naturel lui aussi.

    En plus, c'est loin de tout. J'habite près du 48 ième parallèle nord et les eaux se séparent chez-nous et coulent tantôt au sud, tantôt aux nord. Modeste impact comparé à la Patagonie – Terre de Feu qui couvre du 40 au 55ième parallèle sud. Là-bas, les eaux contraires de deux grands océans s'affrontent sauvagement. Je m'identifie mieux maintenant. Bon, le récit.

    Il est serti de belles photos noir et blanc de Mordzinski à propos de gens et de paysages. Des photos vivantes, de choses vivantes et de témoins crédibles. Elles sont semées, sans ordre trop précis, au long de ces carnets de voyage magnifiques.

    Le but du projet est de témoigner de l'organisation de peuples dépossédés : « … qui organisaient (malgré tout) leur vie, pour que vivre soit un peu plus qu'un verbe. »

    On apprend qu'une variété de bambou andin nommé la « quila » a été utilisée de diverses façons pour assurer la survie des premiers peuples. La quila ne fleurit que très occasionnellement à cause du climat particulier de l'endroit. Elle donne de belles fleurs rouges. Mais attention, sa floraison annonce toujours un malheur…

    On rencontre El Tanno le luthier original, et puis Jared Jones et plein d'autres. Même El Duende, un vrai lutin et aussi une vieille dame avec le don de transmettre la vie. Ça raconte un très beau petit grand voyage chez des gens poignants avec le courage à l'âme. On y révèle même le secret de la sauce locale chimichurri… et ça, c'est pas simple.

    En prime, des mots et pensées sublimes émis par les habitants:

    « La steppe patagonne invite les humains au silence car la voix puissante du vent raconte toujours d'où il vient et, chargé d'odeurs, dit tout ce qu'il a vu. »

    Dona Juana Sheffields dit de son père, au passé plutôt particulier… « Au fond, c'était un homme abandonné non pas par ses amis, ses femmes ou ses enfants, mais par lui-même. (…) Mon père était un homme. Voilà pourquoi il était aimé et détesté, parce que c'était un homme. Ça n'a jamais été facile d'être un homme. (…) Il est mort tout seul. C'est comme ça que doivent mourir les hommes. (…) la meilleure façon de les respecter c'est de ne pas aller sur leur tombe ».

    Un petit bijou de livre tout simple, vite lu et qui émeut. Qui émeut beaucoup finalement.


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  • Commentaires

    1
    farniente
    Mardi 18 Septembre 2012 à 19:27

    Ça donne le goût de lire ce volume, ce que je j'entends  faire dès mon retour de voyage. En attendant je me propose de méditer un peu sur ceci:


    Dona Juana Sheffields dit de son père, au passé plutôt particulier… « Au fond, c'était un homme abandonné non pas par ses amis, ses femmes ou ses enfants, mais par lui-même. (…) Mon père était un homme. Voilà pourquoi il était aimé et détesté, parce que c'était un homme. Ça n'a jamais été facile d'être un homme. (…) Il est mort tout seul. C'est comme ça que doivent mourir les hommes. (…) la meilleure façon de les respecter c'est de ne pas aller sur leur tombe ».


     À priori, ça revalorise le rôle de l'homme, un peu barouetté par les temps qui courent.


      

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mercredi 19 Septembre 2012 à 17:06

    Oui, un peu particuliers les commentaires. Comme plusieurs dans le livre. Si tu le lis "en revenant de voyage" comme tu dis, ben tu vas avoir du 2 pour 1. Cette lecture est un petit voyage en soi. Bon voyage.

    3
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 15:48

    Voilà tout ce qui me manque depuis que j'ai perdu la faculté de lire par plaisir. J'aimerais pouvoir retrouver la liberté de « partir » dans un livre comme on part en voyage, pour le charme des mots qui signifient tant de lieux, d'univers et de personnages, des  découvertes des âmes et de paysages qui me semblent à la fois étranges et familiers, des contrastes qui me déstabilisent mais qui m'enchantent et surtout surtout surtout, pour les questions qui nous font grandir même quand on n'y trouve pas de réponses, en élargissant nos horizons pour plus d'ouverture au monde. Sinon, on s'éteint.


    Vivement 2013, que je retrouve ce plaisir qui m'a trop longtemps déserté. Plaisir de lire... et d'écrire, s'abandonner là-dedans avec délice... comme avant!


    « On perd sa vie à vouloir la gagner », chantait la madame trop maquillée sur un air country dans les années 70. C'était tellement trop vrai, comme quand j'entends « Quand le soleil dit bonjour aux montagnes » et que je ne peux pas résister à chanter moi aussi en me replongeant dans mes plus flamboyants couchers de soleil nordiques des beaux jours d'été. On dira ce qu'on voudra, ça reste des grandes vérités chantées même si ma grand-mère aurait dit que c'était loin d'être « de la musique qui élève l'âme » !!!

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