• Gamble - Principale

    Petit territoire et vie de solitaire.

     

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    GAMBLE - PRINCIPALE

     

    Depuis une éternité je me tiens au coin de l'avenue principale et de la rue Gamble. Même si ici, c'est le nord, c'est également juin. Il fait beau soleil ce matin. Déjà onze heures. Je commence à oublier la fraîcheur de la nuit. Je passe mes nuits dehors. En cette douce saison, je m'en accommode assez bien. À ce temps-ci de l'année la chaude température de la journée peut quand même baisser jusqu'à cinq ou six degrés la nuit. Mais les jours où le soleil brille comme ce matin, on oublie vite. Les jours de pluie me laissent encore de longs frissons.

    Sur la terrasse du Pizzédélic nouvellement montée, juste à côté, les gens commencent à arriver pour l'heure du lunch. Ah, les terrasses. J'aime quand il y a beaucoup de monde. Malheureusement, ça fume également beaucoup, comme s'ils avaient de l'oxygène en trop. Dans le lot de tous les dîneurs, personne ne prête jamais attention à moi, sinon un petit regard oblique à l'occasion. Aussi bien en prendre mon parti. Je me permets d'observer l'entourage en toute quiétude.

    Le type qui vient de passer devait être en amour, son sourire était radieux. En passant tout près, il a appuyé sa main contre moi sans prêter attention. Il m'a contourné en essayant sans succès de me tasser un peu et il a continué son chemin sans s'excuser, comme si de rien n'était; moi je l'excuse, il était ailleurs, ça se voyait. C'est la saison d'amour non?

    Au centre-ville, d'où je me tiens juste sur un pied, je ne peux pas voir le lac Osisko ou son parc. Je n'ai pas accès non plus aux senteurs de nouvelle verdure qu'y répand bébé juin : on est le six. Sur la rue, à mon poste d'observation, ça sent la poussière aussitôt que le vent commence à jouer dans le sable laissé au sol par l'hiver. La circulation automobile incessante n'arrange rien. Par chance, il y a les piaillements des oiseaux qui se disputent les miettes qui tombent des tables.

    J'aimerais bien me dégourdir un peu et aller faire un tour au parc mais ça n'est pas possible. J'ai le pied coincé depuis un bon bout de temps. Je ne peux plus bouger et personne pour me venir en aide malgré la foule qui m'entoure. Mais ça ne m'interpelle pas trop, je sais bien que même sans ce lest, aller au parc représenterait un grand défi dans mon cas. C'est la vie.

    Je me fatigue vite cependant. Je me permets maintenant d'adosser ma tête sur le mur de briques de l'édifice Reilly. Ça repose, ça rassure. On se sent moins seul, quand on peut se permettre ce genre de contact. Je vois souvent des couples en balades, le pas lent. Bien lovés l'un contre l'autre, hanche à hanche. Comme si rien ne pouvait les rejoindre. Je les envie. Tout autour c'est un va-et- vient incessant. Une course à rien. Une fuite à tout.

    Je suis encore jeune mais aussi, je suis grand pour mon âge qui doit bien atteindre les quinze ans maintenant.

    Érable je suis de feuilles et de tronc. J'orne la rue la plus achalandée en ville et j'en suis fier. Quand les oiseaux auront fini de chiper les surplus des repas, ils regagneront mon entêtement pour nourrir les couvées. Je me sentirai fleuri, orné de leurs turlutes.

    J'ai été tellement seul cet hiver.

    Oh, il y avait bien quelques moineaux venus squatter les quartiers des hirondelles par nécessité, mais il y avait surtout le froid mordant. Même si mon tronc oublie facilement les injures et les assauts du mercure, mes bourgeons ont meilleure mémoire. Ça use à la longue, la vie urbaine.

    Je suis le plus grand de la rue, ma cime atteint presque trois étages. En cette période de l'année, je suis plus détendu. J'ai toujours un drôle de frisson en mars ou avril. Je me paye une petite déprime pendant la courte période qu'on appelle le temps des sucres.

    Maintenant ça va, je me suis refait une petite beauté. Je suis tellement échevelé, je peux même me permettre de doucement bruisser aux vents légers de l'été naissant.


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 18 Juin 2012 à 03:29

    On dirait un arbre qui nous parle....Les arbres Dididit...cela parles-tu ?


     

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Lundi 18 Juin 2012 à 06:26

    Oui, oui... "érable je suis..." qu'y dit! Tu sais que c'est vivant, alors ça parle le language des arbres. Moi j'ai pensé qu'un arbre avec le pied dans le ciment, ça devait être (au moins un peu) triste; même quand il est bien dans sa lumière toute personnelle.

    3
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 18 Juin 2012 à 14:03

    t'es érable...? Je te croyais A dorable


     

    4
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 18 Juin 2012 à 15:13

    j'ai relu le texte et tu ne le croieras pas; à ma premiere lecture j'avais sauté sans voir ce paragraphe...


    non mais......bien deviné quand même....même sans ce paragraphe....j'en reviens pas


     


    Érable je suis de feuilles et de tronc. J'orne la rue la plus achalandée en ville et j'en suis fier. Quand les oiseaux auront fini de chiper les surplus des repas, ils regagneront mon entêtement pour nourrir les couvées. Je me sentirai fleuri, orné de leurs turlutes."


      

    5
    malinamie Profil de malinamie
    Mardi 3 Juillet 2012 à 19:06

    lu en deux fois c'est le seul paragraphe que j'aurai sauté...et même sans lui ...on pouvait deviné...

     

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