• L’Accord des genres

    Les genres, suite et fin.

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    L'ACCORD DES GENRES

    (Les genres II)

     

     

    La cérémonie du mariage pour les musulmans, c'est la fatia. Elle se déroule normalement chez les parents de la jeune fille et attirent bon nombre d'amis et de membres de la famille élargie. Cette dernière phrase n'a l'air de rien mais elle peut faire toute une différence.

     

    Voyons voir.

     

    Bon, comme chaque homme peut faire quatre femmes s'il en a les moyens, les affiliations entre la progéniture peuvent prendre des formes différentes selon qu'on parle de famille mansse cout' ou mansse long'. Vous aurez compris que les liens se réfèrent à la longueur de la manche. Famille manche courte étant les frères et sœurs issus du même couple père-mère. Dans ce cas, on peut atteindre facilement la dizaine ou la douzaine. Quand on parle de manche longue, on parle d'une fratrie ou d'une sororité issue du même père mais par rapport à l'ensemble des mères. Je n'aborderai pas le sujet d'une épouse décédée et remplacée, l'amplitude des liens de manches étant déjà assez élaborée. Donc, pour faire court, des familles d'une soixantaine de frères et sœurs ça se voit assez régulièrement si on parle fâmill' mansse long'.

     

    En plus de la famille, il faut considérer que ces gens vivent dans une intimité approximative alors il est tout naturel d'inviter les premiers voisins, les deuxièmes, qui eux-mêmes sont interpellés par la longueur des manches.

     

    Alors, si on demeure en ville, on devra à coup sûr empiéter sur une partie de la rue pour disposer des chaises pour tout le monde en face de la maison où l'événement se déroule. À l'extérieur pour deux raisons : la première se réfère à la longueur des manches et l'autre, c'est qu'il il fait toujours beau dans ces pays. Même en saison des pluies, les déluges sont impressionnants mais ils ne durent jamais très longtemps. Toutes choses étant égales par ailleurs, il est rare qu'on s'en tire à moins de cent ou cent vingt cinq invités.

     

    Ça faudrait la maison là!

     

    C'est sûr qu'une partie du quartier sera interpellé par la cérémonie. Si par bonheur, le papa habite une villa avec tout ce que ça comporte d'intimité murée, l'aménagement sera monté dans la cour côté jardin et la surveillance de la grille sera relâchée. L'impact sur le voisinage est toujours important même pour les gens aisés.

     

    On m'a dit qu'une fatia pouvait aussi se passer à la mosquée la plus près mais tous les rassemblements du genre, auxquels j'ai assisté étaient familiaux. C'est impressionnant de voir que la conclusion des unions se passe en l'absence des deux promis. Probablement qu'il y a tout un réseau de communications informelles qui fait en sorte que le prétendant est mis régulièrement et discrètement au parfum du degré d'avancement et de l'envergure du projet.

     

     

    Comme les tractations se sont faites au préalable entre les deux familles par l'intermédiaire de deux représentants, les futurs époux n'ont vraiment rien à dire. A la limite, ils pourraient ne s'être jamais vus… L'important de la chose, autre que l'amour, c'est qu'il faut que le contrepoids de chameaux ou de sel soit suffisant : dans ces cas, c'est rapidement ti-gui-doo !

     

     

    MAIS, MAIS!

      

    Si l'union de deux cœurs qui s'aiment est quelque chose d'universel, les racines qui mènent à une telle union sont fortement culturelles.

     

     

    Au Niger, par exemple, dans les villages. Un jeune garçon qui veut prendre une épouse va normalement aller visiter les villages voisins histoire d'inspecter l'inventaire disponible sur le marché. Après avoir fait le tour des villages, il va demander au « chef des filles » (il en reste quelques uns), de réunir sa gang de poulettes. Alors là, il peut à loisir voir la marchandise et décider de prendre ou ne pas prendre, selon la qualité évaluée. Souvent il trouve quelque chose de prometteur même si tout ce qu'il connaît (ou qu'il connaîtra bientôt) de la fille, c'est le nom.

     

    En cas de conclusion préliminaire positive, de retour chez-lui, il se nomme un fondé de pouvoir. C'est lui qui va négocier la transaction et qui va commencer à discuter avec la famille de la demoiselle. Quand l'offre atteint la demande on s'entend, on paye, et là on fixe la date de la fatia. Promis et promise n'ont pas vraiment eu le temps pour de longues discussions philosophiques à ce stade.

     

    J'ai mené ma petite enquête, on m'a dit qu'avec un contrepoids de cinq chameaux, on parle d'une conjointe grand luxe. Une pétit' grandement attrayante.

     

     

    À la fatia, après que le grillot a fait l'éloge public des deux familles devant les invités, on prend quelques minutes pour dire oui officiellement d'une part, et pour promettre un genre de service après vente d'autre part.

     

    Le deal se ferme, on bouffe des dattes, on casse la kola.

     

    Comme quand un syndicat d'usine passe du statut d'accord de principe à celui de convention collective en bonne et due forme. Dans notre cas, il ne reste qu'à charger les poches du griot de petits pourboires.

     

    MAIS, MAIS!

     

    Je l'ai déjà dit, au jour « J », tout ceci se fait sans la présence des mariés. Chacun est occupé de son côté. Le futur reçoit sa famille et ses invités chez-lui pour faire la fête toute la journée alors que la promise est recluse chez une tatie avec interdiction formelle de mettre le nez dehors pour la journée. Même, quand elle sera enlevée le soir, madame chérie a le devoir de pleurer abondamment, à chaudes larmes, pour montrer à tous les intéressés sa peine de quitter le milieu familial. Mais elle quitte tout de même après un pourboire de circonstance à la tatie de service.

     

    Donc à la nuit tombée, si on est au village, le nouveau monsieur se pointe en chameau pour  ramasser son lot et l'amener jusqu'à son village sur le même chameau. Peut-on espérer une conclusion plus romantique? La lune, le sable, les étoiles, le brassage de bosses du chameau. Souvent le périple s'étire sur 10 ou 15 km. Quelques privilégiés vont faire de même mais à dos de cheval. Le cheval est un signe de pouvoir; pas nécessairement de richesse. Un peu comme un mandat de ministre. On dit que le cheval c'est le luxe des rois et des princes parce qu'il sert uniquement à se déplacer. C'est un animal beaucoup plus fragile et beaucoup moins fort que le chameau qui lui, transporte des charges lourdes de marchandises même s'il est plus lent.

     

    Donc devant les attributs physiques certains du chameau, j'en conclus que son usage est fortement recommandé quand la mariée fait de l'embonpoint.


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Mercredi 2 Mai 2012 à 17:01

    Tu parles des bosses de la fille qui feraient concurences à celles du chameau là...? !!!?!?!??!!!

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mercredi 2 Mai 2012 à 18:12

    Eh non, raté. Le chameau il est fait plus fort. Il peut travailler plus fort et plus longtemps que le cheval, transporter des charges plus lourdes. Mais ne t'en fais pas, ce n'était qu'un clin d'oeil cette phrase. Mais même d'humour un peu douteux, je voulais exprimer ma surprise devant le parallèle que font vraiment les gens du désert entre le chameau et le cheval. Lol.

    3
    malinamie Profil de malinamie
    Samedi 5 Mai 2012 à 12:44

    rireeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee j'avais bien compris...t'inquiète

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