• L’Enfant hiver

    L'auteure affirme son style. Une belle lecture. Le livre nous habite avant de nous faire réfléchir.

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    L'Enfant hiver 

    Virginia Pésémapéo Bordeleau, roman (mémoire d'encrier, 2014)

     

    Un roman qui commence par une citation de Marie Uguay, quand je suis lecteur, ça pose un préjugé positif dès le départ.

    Une dualité de fortes tristesses endeuillées, racontées à chapitres entrecoupés, entrelacées d'une quête infinie d'amour.

    Dès le début, l'accouchement qui survient un soir de première neige est intense. La mort rôde et rôdera.

    Au début également la mort d'un père qui projette ainsi sa fille, une femme pourtant adulte, dans le monde des grands où elle doit assumer pleinement son nouveau rôle de chef de file et de femme.

    Un roman d'introspection. Deux monologues intérieurs face à deux grandes forces mobilisantes.

    Alors que son bébé de quelques mois, enfiévré, est donné pour mort par le médecin : « … (la mère) posa sa bouche sur lui, sur la tempe… (et en) aspira la fièvre peut-être. »

    « Elle… se remplit de son enfant, comme du soleil avant sa chute… il serait sa blessure. »

    « J'avais le ventre béant par où entrait son hiver, autant que dans ma vie. »

    Curieusement, les chapitres qui parlent de la relation du personnage principal avec son enfant sont à la troisième personne : « il », « elle ». Cependant, ceux qui parlent de sa relation avec son père sont à la première et deuxième personne : « je » et « tu ». Dans ce deuxième cas, le texte prend la forme d'un récit.

    « Ton amour… (de père), m'emprisonnait, du moins la sorte d'amour que tu me témoignais. Alors, tous les amours d'hommes me cernaient de leurs barbelés. »

    « Avec la mort de mon fils, la ligne masculine de mon être s'est brisée, cassée, anéantie. L'autre, la féminine est assurée, des filles précieuses et solaires. »

    «  Un oiseau à moitié paré de ses plumes, de ses couleurs, et de l'autre côté gris de sécheresse, avec une aile rompue pendouillant, lamentable, inutile; comment puis-je voler maintenant? »

    L'environnement dans lequel évoluent les personnages est lourd. La promiscuité, la pauvreté y engendrent de l'alcoolisme juvénile et d'étranges formes d'inceste et de sévices. L'histoire nous amène à nous questionner sur les problèmes sociaux des communautés marginales.

    « … un long hiver était passé et plusieurs religieux sur son corps, ceux qui devaient veiller sur son enfance… »

    Et aussi de la beauté dans la forme: « … la nuit posait sur l'hiver une chape glaciale aussi épaisse que la distance entre lui et le soleil. »

    « J'étais le bateau que mon fils emprunta pour aborder la vie. Malgré tout il fit naufrage… »

    « (le pire)… arrive toujours, plus fort que l'espoir téméraire, la quête de nouvelles routes, les labours pour des amours en attente que l'on croit immortelles, soudain privées de possible. »

    « … vers quel tremblement mon cœur sera-t-il invité lors du bal des incertitudes? L'angoisse me tient par la manche et dirige mon attention vers la lumière des étoiles embrasées sur l'infini de l'espace nocturne, là où tu vis désormais. »

    Le récit d'un deuil qui aide à en assumer un autre. Des malheurs de vie qui ouvrent sur l'espoir des amours.

    Le roman est digne des deux lectures qu'il m'a demandées, ne serait-ce que pour relire, en bon contexte, la phrase de transition de la dernière ligne.


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