• L’histoire de l’amour

    Ce livre est une belle découverte. Un beau bouquet d'émotions. Une oeuvre originale, forte, dont l'intrigue nous agace tellement c'est tricoté serré. Il faut quelques paragraphes pour réaliser qu'il y a trois récits distincts à suivre et quelques uns de plus pour s'apercevoir qu'ils sont concurrents. Oui mais, comment l'auteure nous présentera-t-elle le dénominateur commun?

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     L'Histoire de l'Amour de Nicole Krauss, Éditions Gallimard, Collection du Monde Entier. (Traduction de "The History of Love", 2005)

     

     

    En deux mots, c'est l'histoire d'un auteur, Léon Gursky et de son livre. Le livre de Gursky est au centre du roman de Krauss. Le roman traite de perceptions, en soutenant que la chose amoureuse, entre autres, est tributaire de nos perceptions; uniquement de nos perceptions. L'histoire du roman se déroule à partir de trois points de vue différents.

    Premièrement, celle de Léon Gursky (devenu Léo), un juif polonais, tombé amoureux à dix ans d'une fille du nom d'Alma. Il est encore enfant quand elle émigre vers les États-Unis. Elle lui inspire le livre. En l'honneur d'Alma, toutes les filles décrites dans son livre seront des Alma. « La première femme a peut-être été Ève mais la première fille a été Alma ». Son amour est unique et immense. Le nom de sa bien-aimée sera donc suffisant pour décrire toutes les femmes. On comprend au début du roman qu'il survit à la guerre à force de tiraillements, grâce à une chance inouïe. Quand il émigre à son tour aux États-Unis, plusieurs années plus tard, c'est pour rejoindre son amour. Il a terminé le manuscrit de son livre : SON  « Histoire de l'Amour ». À son départ, il doit cependant laisser le manuscrit derrière lui. Il le confie à Litvinoff, son seul ami. Curieusement, le livre écrit par le héros porte le même nom que le roman de Nicole Krauss : « L'Histoire de l'Amour ». Plusieurs années plus tard, ce manuscrit sera publié en espagnol et à son insu. Litvinoff s'en sera finalement approprié la rédaction et l'aura fait publier. En parallèle à la vie de Gursky, son livre finira par être au centre d'un magnifique coup de foudre entre deux autres personnes qui se marieront rapidement. Comme toutes les femmes du manuscrit publié de l'Histoire de l'Amour, la première fille à naître de cette union s'appellera aussi Alma.

      

    Vous suivez? Non? Ce n'est pas grave, ce n'est pas grave!

     

    À l'arrivée de Léon Gursky en Amérique, son Alma est remariée et est mère de famille. « Tu as cessé d'écrire, a-t-elle dit à Gursky, je te croyais mort ». Au cours d'une brève rencontre, elle lui apprend qu'il est le père de son fils. Malgré tout, Alma respecte son engagement envers son mari et reste avec lui. Léon Gursky devra faire le deuil, d'un amour grand comme le monde… Il y arrive en sauvant un étrange ami du suicide, il change subrepticement de prénom. (Au lecteur de d'interpréter les événements de la vie de Léo Gursky).

     

    Léon Gursky, devenu Léo, verra son fils grandir de loin et de façon épisodique. Jamais il ne se mariera. Il attendra toute sa vie, en vain, que le sort s'acquitte de sa dette envers lui. Secrètement, il aspire à une partie du bonheur dont il a été privé. Inventif il mettra au point des stratagèmes originaux pour pouvoir affronter son quotidien sans la femme à laquelle il avait donné sa vie. L'enfant d'Alma et de Léon deviendra par la suite un auteur reconnu. Il ne connaîtra jamais son père biologique et mourra à soixante ans, peu après ses deux parents. Mais Gursky, son père biologique, lui survivra.

     

    Gursky est un vieillard obsédé par l'idée de mourir sans laisser de trace. Qu'est-ce qui prouve qu'on a existé sinon l'amour qu'on a partagé. Sa vie entière est présentée comme un grandiose geste d'amour manqué.

     

    En même temps, la famille de l'autre Alma, celle dont le prénom a été déterminé par le manuscrit de Gursky publié par Litvinoff, se retrouve elle-aussi à New York. Elle est orpheline de père. Sa mère, traductrice reconnue, recevra une mystérieuse commande de Litvinoff, par la poste. Elle ne l'a jamais rencontré. Il la mandate pour traduire l'Histoire de l'Amour en français. Alma la petite ne fera contact avec Léo Gursky qu'à la toute fin du roman et d'une façon fort originale.

     

    C'est plus clair un peu? Je sais, moi aussi j'y ai mis le temps… sans compter que les chapitres du livre sont découpés de façon particulière. Ne vous découragez pas, ça viendra bien.

     

    Une autre partie du livre raconte la vie et les espoirs d'Alma la petite (alors qu'adolescente). Curieusement, on remarque qu'une vie plus tard, l'amour semé par Léon Gursky avec son manuscrit perdu, sème des espoirs semblables dans le cœur de la petite Alma.

     

    De façon anonyme et sans explications, Léo Gursky reçoit finalement par la poste, une copie du manuscrit qu'il a lui-même écrit au début de sa vie. Et il a été traduit en français.

     

    Non, vous faites erreur, la mère de la petite Alma n'a rien à y voir…

     

    Sa vie prendra un sens uniquement par les mots de son livre, immortalisant sa démarche amoureuse. Son livre retrouvé et un contact avec la nouvelle Alma, lui accorderont finalement la paix d'esprit.

     

    Le suspense dure jusqu'à la toute fin du roman. Deux livres qui portent le même nom, deux femmes qui portent le même nom, un prénom qui change en cours d'histoire, des gens qui ne se connaissent ni d'Ève ni d'Adam et qui traficotent dans les mêmes plates bandes, un livre qui se fait publier sous un nom d'auteur différent qui n'est pas un pseudonyme…

     

    Rien de facile je vous le dis, je l'ai lu deux fois et je pense que j'ai encore plus apprécié la deuxième lecture que la première.

     

    L'histoire se tient et très bien. Elle se dénoue en scènes sublimes. Tout cet aspect de perception dans l'amour, rappelle quelques autres lectures, dont Steinbeck et Proust qui soutenaient de manière assez similaire, que l'amour est une illusion. Qu'en fait, quand on aime, ce qu'on apprécie sans s'en douter, ce n'est pas l'autre personne mais bien le reflet de notre propre perception d'elle, réfléchie sur elle.

     

    Peu importe que les choses qui nous entourent soient réelles ou non, l'importance qu'on leur donne peut faire une différence déterminante, parlez-en à Bruno, l'ami que Gursky a sauvé du suicide.

     

    C'est aussi un livre sur le destin et sur l'espoir. L'Histoire de l'Amour nous rappelle que tout est mouvant.

     

    Je ne vous ai pas parlé du style d'écriture épuré et simple. Ni de phrases dignes d'être qualifiées de poèmes : « Son baiser était une question à laquelle il aurait voulu répondre toute sa vie. ». Ou encore, « … il n'écoutait plus la musique mais le silence entre les notes… »

     

    Comme si une bonne chose n'arrivait jamais seule, je l'ai payé gratis! Un peu comme dans le roman, j'ai hérité inopinément du livre. Une amie est arrivée chez-moi un beau matin en me disant,

    • Je sais que tu vas adorer, je te le donne.

    Sur une échelle de cinq, je lui attribue dix. Je n'ai pas fini de le relire, je sais.

    Et maintenant, c'est plus clair? Non ? Bien, il n'y a rien comme la lecture du livre pour clarifier.

    J'espère avoir titillé votre curiosité. Si c'est le cas et que vous vous lancez dans cette lecture, je vous souhaite un beau voyage de cœur même s'il peut être composé de plusieurs allers-retours. 


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