• La bébée

    Des voeux 

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    LA BÉBÉE

     

    La bébée année est là et, même si on sait qu'elle nous fera vieillir, on est tout content, tout gaga!

     

    Étrange, tout le monde veut rester jeune mais, quand même, tout le monde part fou dans la joie, au Nouvel An. Chapelet de résolutions de ci et de ça. J'arrête de fumer, je maigris. Je fais des analyses, des retours, des prévisions, des projections. Je suppute. Sans parler des… je-me-fais-le-point.

    Le point, c'est un must pour l'an nouveau.

    Il faut faire le point parce que, pour rester dans notre droit chemin, il est important que notre ligne de vie aussi, soit droite. Toutes les lignes sont faites d'une innombrable succession de points bien alignés. C'est probablement ce qui motive les gens de bonne volonté à faire le point au sortir d'une vieille année. Comme une chatte qui vient de livrer son cadeau. Un retour sur nos gestes, quoi!

    Une ligne de vie bien droite c'est bon. Je dirais même, excellent. Personne ne peut être contre la droiture. Les gens à la pensée cartésienne ne me contrediront pas. J'entends quand même des murmures qui me rappellent que ça peut être plate, la droiture extrême. Sain mais terne.

    Pour les gens plus aptes aux petits plaisirs de la vie, il existe une gamme de résolutions qu'on prend mais qu'on sait ne pas vouloir tenir. Celles-là, on les murmure du bout des lèvres, comme un petit blanc mensonge. Ça allège les remords quand on n'entreprend pas de grands chantiers de travail sur soi. Ça arase les arêtes du quotidien. Pas trop engageant rassérénant. Si ce n'est pas suffisant pour museler totalement les arrière-pensées, on peut atteindre un plus haut niveau de bonne conscience en ajoutant à la recette une consultation de son horoscope : conventionnel ou chinois. Avec un duo résolution et horoscope, on voit venir à l'avance les courbes. Celles de notre ligne de vie ou celles plus gracieuses, de l'être aimé tant espéré. Le cas échéant, évidemment.

    Moins populaire mais dans la même catégorie d'étouffe remords, le tarot n'est pas mal non plus. Pour ma part, le summum c'est la lecture des lignes de la main. J'y trouve juste assez de prévisions de courbes pour me prémunir contre une vie trop à la ligne, trop raide, trop droite. Au rancart les engagements trop contraignants, place à mon petit nirvana personnel.

     

    En décembre, alors que la bébée année n'est encore qu'une espérance, on commence déjà à fêter l'enterrement du règne de la noirceur, l'arrivée de la lumière en devenir, l'espoir de Noël.

    La promesse inéluctable du clair.

    Je crois bien que c'est là que le mal des bilans commence à nous gagner tous. Quand on est atteint, on essaie de se rapprocher, de se rencontrer, histoire de vérifier si nos amis sont encore un peu amis avec nous. C'est su, la vie est plus tendre quand on s'entoure.

    Ah! La tendresse.

    Au besoin on fouille dans nos vieux contacts qu'on ne sollicite pas souvent et puis, on s'appelle quand on peut, après s'être envoyé des cartes de Noël.

    Les cartes de Noël c'est la vraie, la pure, la totale tradition. Quand ce temps-là arrive, ça sent le ragoût de pattes de cochon et la tourtière au cochon, pas juste un peu. Les vacances des Fêtes arrivent presqu'en même temps, alors on peut aussi se permettre de filer un peu… (ça, c'est une autre histoire et il serait trop long de l'aborder).

    Libérer l'odeur du cochon aussi largement, c'est quasiment des plans pour que la musulmanerie noyaute Postes Canada pour faire déclarer « déraisonnable » la tradition d'échanges de voeux. Pas que j'en aie après les musulmans ou les immigrés des pays de sable. Non, eux ça va. Le sable ou la neige ça s'accumule de la même façon. Il n'y a finalement pas grand différence entre le full face pour le ski et le voile.

    Quand je dis « eux », c'est dans le sens de « eux en général ». Ceux qui sont riches de différence. Heureux d'une foi que nous, on a perdue ou forts d'un vécu différent. Il n'y a pas de mal à croire. Ça donne un sens à plein de choses, la foi. Non, dans ma crainte, je parle des autres. Les zélés, les farouches, les détenteurs de tous les droits prioritaires de la terre. Les revendicateurs ad nauseam. Justement, c'est ce qu'ils me donnent : la nausée.

    Dans le fond, ce dernier commentaire ne fait pas vraiment sérieux parce qu'ils pourraient être de n'importe quelle religion ou race ceux-là. Certains sont même québécois de souche. Sans politiciens avachis pour les faire planer, ils ne pourraient pas prendre leur envol.

    Malgré tout, je trouve que les cartes de Noël c'est particulier comme moyen d'échange. En déclin, mais particulier et fort pour la fibre identitaire. C'est encore plus menacé d'autre bord. Les mails, les textos, les forfaits d'appels à tous crins ont rapetissé la planète à la grosseur d'une pomme. Voir si les pépins du fruit ont envie d'envoyer des cartes de souhaits à la pelure. Quand la pomme va bien, elle va bien de partout, ça coule de source.

    Parfois, dans le chemin du progrès, quelques gaulois se braquent. Le pépin que je suis, gaga de l'arrivée de la bébée, se sent coupable un peu. À la fin de l'an vieux, j'aurais eu envie, malgré tout, d'envoyer des cartes de souhaits à mes pelures d'amis et de famille. Je suis coupable de modernisme, je n'ai pas posté mes vœux, on m'en a livré. Au-dedans de moi, j'avais deux discours qui défilaient sur une même cassette en continu.

    Le premier, cornu un peu, me donnait raison.

    « As-tu vu les chutes dramatiques constatées dans le volume de courrier ces dernières années? T'es dépassé mon vieux. Plus personne ne fait ça. En plus, as-tu bien saisi le plan de redressement de la compagnie des postes quand ils en ont inondé les médias? On va enlever presque tous les services et on va te forcer à payer plus cher pour une prestation de trois fois rien. Plus cher pour les lignes d'attente interminables au comptoir, plus cher pour aucun service de livraison, plus cher pour être témoin de l'allure mal réveillée des fonctionnaires blasés. C'était la bonne chose à faire de les bouder cette année, concluait mon diablotin. »

    La deuxième rumeur qui roulait en écho dans ma tête me faisait remarquer que j'en avais reçu quelques unes, de cartes. Pas tous des idiots quand même ce monde là. La pauvreté du service postal n'est pas une raison valable, même si on peut déjà prédire qu'il va encore se détériorer.

    Non, la vraie raison pour laquelle je n'ai pas envoyé de cartes de Noël cette année c'est que je n'ai pas pris le temps de le faire. J'étais débordé, dans la mauvaise période de l'année, voilà tout.

    Comme la majorité des gens, avec l'arrivée de la bébée année, j'ai analysé mon cas un peu. Je me suis dit que je ne referais pas ça, en décembre prochain. Je venais de prendre une première vraie résolution. Pour 2014, j'attaquerai mon courrier des Fêtes dès la fin novembre. En prime, je me suis dit que je devrais tenter de corriger mon inertie d'avant Noël, si ça se peut.

    À cœur vaillant, rien d'impossible!

    J'ai décidé, pour le début de cette bébée année, d'envoyer des cartes de janvier. Je n'ai jamais fait ça. Ça peut paraître un peu déjanté mais bon, il faut s'assumer si on veut que notre ligne de vie suive une courbe droite, agrémentée d'un rien d'imperfection. J'aime bien ce qui est imparfait.

    J'ai même trouvé un avantage au correctif que j'anticipe. Dans certains cas, on reçoit des réponses à des cartes de Noël envoyées tôt en décembre parce que… justement, une première carte a été envoyée. Parfois les gens se sentent obligés de répondre aux cartes de Noël reçues trop tôt. Personne n'osera faire ça avec des cartes de janvier. Elles demeureront donc probablement sans réponses, je trouve que c'est bien comme ça.

    Je me donne jusqu'au 15 du mois un, de la bébée année 14, pour dire à quelques amis comment j'espère que leur Fêtes se sont bien passées. Que je leur souhaite du temps bon et lumineux. Leur dire aussi que je pense à eux, même quand je ne fais pas les choses dans les normes. Après, au mois deux, je pourrai vieillir plus sereinement me semble-t-il.

    Ça fait un peu bricolage de rattrapage je sais, ce n'est pas totalement d'équerre. Malgré tout, je trouve que ce halo d'imprécision ajoute de la chaleur à mes heures. Finalement, elle démarre à mon goût la bébée. Bien sûr, je tais mes autres résolutions.


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  • Commentaires

    1
    farniente
    Mercredi 8 Janvier 2014 à 02:36

    Belle pirouette! D'ailleurs un des larrons y a sauvé son ciel si ce n'est sa peau.


    2
    dididit
    Mercredi 8 Janvier 2014 à 23:27
    un larron? un bon j'espère. Santé à toi
    3
    Dimanche 12 Janvier 2014 à 00:31

    Je ne savais pas ce que tu pensais sur les cartes de Noel maintenant je le sais...Moderne le gars...mais traditionnel aussi (cela sent la patte de cochon) . J'ai fais ma petite recherche:

    La Chrismas Card aurait pris naissance en Grande-Bretagne dans les années 1840. Peu après la découverte du procédé de la lithographie. Décorée de houx, de crèches ou de sapins . Envoyées pendant la période de l'Avent, elles avaient comme fonction d'offrir des vœux pour Noel et même le Jour de l'An avant la date fatidique du 1er ...sans que cela soit considéré de mauvais augure....

     La coutume anglaise s'est répandue en Europe et dans les autres pays : : La carte de Noel illustrée avec  ses vœux  du Nouvel An:  car en Europe ancestralement on faisait des visites du Nouvel An chez la famille, les amis et les voisins: Voir même chez les pauvres , les malades et même le patron.... Certains trouvaient cela très astreignants et cherchaient à les éviter. L'idée c'était d'embellir les jours de fête de ces personnes: C'est ainsi qu'on pris l'habitude de laisser une petite carte (genre carte d'affaires) qu'on remettait au concierge, en ayant soin d'écorner le coin: pour signifier que l'on était passé en "personne" porter nos vœux à l'occasion des fêtes, se dispensant ainsi de plusieurs visites. 

    Ces nouveaux usages (cartes de noël illustrée et carte d'affaire du nouvel an ) se répandirent mais les gens continuaient d'envoyer des LETTRES de bonne Année. Vers les années 30 cela se perdit on laissa tomber les cartes de visites et les lettres : c'est ainsi qu'apparût les cartes de vœux d'aujourd'hui: cela avait plusieurs avantages: le format permettait d'écrire plus que sur une petite carte d'affaires et dispensait des longues lettres....

     

    Pour moi ...plus simplement une carte à l'occasion de la période des fêtes, c'est un peu de nostalgie de l'enfance...On me disait, quand j'étais petite : regarde la carte avant le cadeau: pour être une bonne petite fille polie...Mais cela voulait aussi dire: regarde les mots qui viennent (ou devraient venir) du cœur de la personne qui t'offre un sentiment avant de "sauter" sur  la "bébelle"....

     C'est aussi ma façon à moi, de savoir que grâce à ma petite carte, j'habiterai un petit peu de temps, dans la maison de ceux et celles que j'aime, et qu'en la voyant , sur le bureau ou le dosseret de la cheminée, ils se rappelleront peut être, que concrètement, quelqu'un les aime très fort et pense à eux en cette période pas toujours si facile pour tout le monde...  Pis ...une carte tu peux la prendre dans tes mains, la toucher , l'ouvrir la regarder, la relire souvent: comme un livre qu'on aime: mais en plus petit...

    Aujourd'hui ...les familles, les amis....les gens qu'on aiment sont souvent tout éparpillés à travers la province: alors c'est un peu comme quand on se regroupait tous pour fêter comme dans le temps qu'on avait une famille....Pour moi c'est cela ...Et c'est pas rien ....quand on connaît le marathon qu'il faut faire pour arriver à poster ses cartes de vœux, à supposer qu'on ait pas de timbres à porter de la main...

     

    Ah ! oui : des fois c'est arrivé que la carte C'ÉTAIT le cadeau: parce que j'avais pas de sous pour en faire un de cadeau.... celles là ...je les ai dessinées: parce qu'une carte c'est du temps que tu donnes: pour l'acheter ou la faire, pour penser à ce que tu écrirais, pour aller acheter le timbre et la poster...une carte c'est du temps que tu donnes pis du temps...des fois y parait que c'est une denrée rare rare....Alors c'est un gros cadeau cela....

     

     

     

    4
    Mardi 14 Janvier 2014 à 06:43
    J'ai appris quelque chose là.
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