• La preuve

    Le deuxième livre raconte le quotidien de Lucas dans la petite ville pendant les années où son frère a été absent.

      

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    La preuve

    Agota Kristof, 1988, (livre II, après le Grand Cahier)

      

    Tellement intense…

     

    Après le départ de son frère vers l'autre pays, Lucas, connu comme l'idiot de la place, est resté seul dans l'ancienne maison de grand-mère. La solitude le déprime, il oublie de manger, de se soigner. Il désapprend à vivre. Il ressort le grand cahier pour y consigner ses états d'âme. Finalement quelques connaissances le tirent de sa torpeur qui durera six bons mois. Comme on le lui a dit : « l'amour est parfois mortel ».

    En se donnant, il reprend lentement goût à la vie. L'après guerre a laissé la petite ville dans un état lamentable. Lucas vit beaucoup de nuit, joue de l'harmonica dans les bars. Gribouille systématiquement dans son grand cahier.

    Il finit par apprendre qu'à quinze ans il devrait avoir une carte d'identité pour répondre aux nombreux contrôles. Il n'a jamais fréquenté l'école, il a donc échappé à tout recensement. Même sans nom de famille il obtient facilement la carte nécessaire. Peter, le fonctionnaire, l'embrasse ensuite longuement sur la bouche. Lucas lui recommande, à cause de sa position influente dans le parti, de se trouver une maîtresse pour sa protection, à cause de la moralité du parti. Comme il dit… « Il existe peut-être des femmes qu'on puisse aimer d'une certaine façon. » En plus, « vous êtes triste, les femmes aiment les hommes tristes ».

    Lucas joue aux échecs avec le curé, qui lui a appris. Dans sa chaumière isolée il héberge Jasmine et son bébé difforme, né d'une relation incestueuse. Il leur évite la mort, et les héberge. Il abuse de Jasmine. Il aime Jasmine.

    En quelques années, l'enfant transforme la vie de Lucas.

    À l'église où il ne va jamais, il rencontre Peter à nouveau et dort chastement chez-lui. À la bibliothèque, où personne n'emprunte jamais de livres, il rencontre Clara. Elle lui plaît. Il se retrouve chez-elle, la regarde dormir.

    « Le corps de Clara est devant lui, blanc et noir »… « Vous m'avez traité comme un chien. Cela n'a pas d'importance ».

    Clara sabote la mise à l'index des livres de la bibliothèque en leur évitant le pilon. Il se manigance une place dans sa vie. Une autre fois, alors qu'il la recouvrira de son corps elle lui dira : « Apaise-toi ».

    Jasmine le quitte en lui abandonnant son enfant qui haït tout ce qui est plus beau que lui dans le monde. Lucas y compris :

    « … je te hais depuis toujours… parce que tu es grand et beau… J'espère que tu es aussi malheureux que moi ».

     

    Mais l'enfant n'haït pas les squelettes de la mère et de la sœur de Lucas qui sont conservés dans un galetas.

    Lucas vend la maison de grand-mère et regagne la ville en achetant la librairie où il achète son papier et ses crayons depuis des années. Le libraire est un vieil homme malade rendu presque insomniaque par l'étrange voisin d'en face qui passe ses nuit à la fenêtre. Il y arrive à tous les soirs à dix heures. Le libraire veut regagner la grande ville et reprendre son vieux rêve oublié d'écrire un jour un livre.

    « Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d'autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n'écrira rien est un être perdu, il n'a fait que passer sur la terre sans laisser de trace. »

    Lucas se lie avec l'insomniaque d'en face. Sur un banc de parc, de nuit, en face d'un orphelinat, il lui révèle son terrible secret.

    « Vous oublierez, Lucas. La vie est ainsi faite. Les souvenirs s'estompent, la douleur diminue. Je me souviens de ma femme comme on se souvient d'un oiseau, d'une fleur. Elle était le miracle de la vie dans un monde où tout paraissait léger, facile et beau. »

    Puis c'est la contre-révolution :

    « … qui a commencé avec des intellectuels qui écrivaient des choses qu'ils n'auraient pas dû écrire. ». Peter doit quitter la ville pour des raisons politiques mais revient.

    « J'aime beaucoup cette ville. Elle possède un pouvoir sur l'âme. »

    Devant les difficultés d'intégration de l'enfant à l'école, Lucas transforme une partie de sa librairie en salle de lecture publique.

    Lucas apprend que l'ancien libraire a dû être interné dans la grande ville après avoir écrit son livre au détriment de sa sœur. Tous deux en mourront.

    L'enfant fera l'inverse plus tard en partant brutalement après avoir effacé sa trace. Sa mère est-elle seulement partie un jour pour la grande ville ou son esprit hante-t-il encore la petite ville?

    Peu après, Lucas disparaît en confiant sa librairie aux bons soins de son ami Peter. Il lui confie également son grand cahier. Quinze ans après son départ, son frère Claus débarque du train pour retrouver Lucas. Que trouvera-t-il? Il dira pour expliquer sa longue absence,

    « (moi et mon frère), Nous avons décidé de nous séparer. Cette séparation devait être totale. Une frontière n'y suffisait pas, il y fallait aussi le silence. »

    Claus finira par se faire emprisonner, sans ressources. Son rapatriement sera demandé par voie officielle à l'autre pays.


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