• La province lunaire

    Une aventure inouïe

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    La province lunaire,

    Denys Chabot, Éditions Hurtubise HMH, 1981

    (Prix littéraire du Gouverneur général)

     

    Un grand tourbillon d'idées mauvaises et velues, ou bien pudiques et aériennes, ou encore d'idées simplement banales ou originales. Le songe d'un songe. Une grande aventure vers ailleurs et vers nulle part en même temps. Un voyage en nous-mêmes peut-être.

    Le livre date. Sa couverture lui sied mal, elle a mal vieillie. Il en est autrement du texte musclé, imprévisible plein de rebondissements.

    Le vieux Louis-Joseph, illusionniste de renom, intrigue. Il déjoue les lois de la nature. On le compte pour mort et sa disparition déclenche une chasse au trésor inouïe. Mais il renaît l'année du grand raz-de-marée. Il renaît le temps d'introduire sa progéniture au personnage principal.

    Aussi marginale que son grand-père; femme, Catherine sera l'objet d'une passion amoureuse peu commune qui initiera l'aventure. Une passion haute comme les horizons qui fait voyager vers le pays mystérieux de Champdoré.

    L'intrigue est difficile à situer. Parfois on croirait se faire décrire un décor de Paris, au milieu du 19ième siècle par un auteur du temps. Mais un peu plus loin, quand on parle de la capitale, de la haute-ville, on comprend que le périple part de Québec pour aller on ne sait où.

    D'abord en pensée puis, en calèche. En train avec un ramassis de lurons de tout acabit. Jusqu'au bout du rail. Par la suite, en bateau vers des lieux magiques innommables mais tous étranges. En rail de nouveau dans des contrées boisées inimaginables à tout esprit sensé.

    (Au hasard dans le texte)

    (Dialogues avec Catherine)« … Tu ne te sens pas bien parmi ces gens? (…) Tu n'as pas la patience de devenir partie de quelque chose. (…) Qui te chasse? Moi-même. Quand cela va-t-il s'arrêter? (…) C'est toi, c'est toujours toi que je cherche. Je ne suis pas si loin. Je voulais te l'entendre dire. »

    «Horace roula de grands yeux globuleux, jaunes comme une peau de citron, vides, sans prunelles, dans un visage littéralement décoloré, plombé. Et quand il nous regardait, c'étaient nos prunelles à nous que nous retrouvions sous ses paupières. … (ses yeux) nous révélaient à nous-mêmes. »

    « (Adam Botany…) C'était un dur : lui et son cheval morveux pissaient ensemble d'un jet précis, abondant et percutant (il l'encourageait à uriner en sifflant, comme font les cochers avec leurs bêtes), et tous deux se coiffaient du même genre de chapeau en feutre pelucheux, en plus de se frictionner avec le même liniment chevalin. (…) Mais c'est lorsqu'on plongeait les yeux dans ceux de l'homme qu'on y découvrait l'âme du chacal. »

    « Le sang se ruait au cerveau, martelait le tympan, avec le rythme des lourds ressacs qui battent les falaises et des vents qui font onduler les dunes. Rien ne renvoyait plus une image instable de soi-même. Fait de la même matière instable que le rêve, tout s'émiettait sous la main, se brisait au centre pour s'irradier dans toutes les directions. »

    « La lune impassible et opaque, incapable de transmettre un écho ou de laisser pousser un brin d'herbe, mais d'une beauté à donner des frissons, à élargir et affiner la conscience, et à développer les états de voyance. »

    De carnaval en bacchanales, on arrive aux déclarations du grand prophète puis à une déclaration d'amour et sa réponse, d'un seul et même souffle. Tout ça, avant une étrange fin de périple en draisine.

    Des phrases longues difficiles à lire mais belles. Cependant, tellement longues qu'on aurait presque raison de dire, trop. Malgré tout, des phrases justes de la bonne longueur pour raconter la folie du récit.

    Une belle découverte.

     

      


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