• La Trilogie Berlinoise

    Un roman-policier enlevant, ça faisait longtemps me semble...

    À moins d'annotation contraire, toutes les images et tous les textes de ce blog sont protégés et ne peuvent être utilisés, en tout ou en partie, sans permission expresse de l'auteur.

    La Trilogie Berlinoise

    (L'été de Cristal, La pâle figure, Un requiem allemand)

    Philip Kerr, 2010

    Un roman policier dans le plus pur sens du terme. Bernhard Gunther est détective en Allemagne, en 1935 alors que les nazis sont bien implantés au pouvoir (avant la guerre). Il fait carrière dans le privé après avoir laissé son boulot officiel de flic depuis quelques années. Il a encore toutes ses entrées avec les contacts professionnels (agents de police, coroner, détectives officiels etc). Il a une réputation blindée d'intégrité et de perspicacité. Vous voyez le profil? Moi, il m'a rappelé Gerry Cotton, un héros des premiers romans policiers que j'ai lus à ma jeune adolescence. Sexiste, dur à cuire, sens de l'humour souvent douteux mais le type est compétent et incorruptible. On l'entendra dire :

    À propos d'un de ses contacts qu'il… « ferait vomir une mouche à merde ». Ou bien (une dame qui s'exprime avec…) « l'air dégoûté d'un pédicure tombant sur un orteil infecté ». Une autre fois, en crânant : « … je suppose qu'il a essayé de vous tuer parce qu'il n'aimait pas votre eau de cologne ». Ou encore : « … une calamité aussi grave qu'un missionnaire débarquant à Tahiti avec une valise de soutiens-gorge. ». «Une femme n'a jamais son content de compliments, tout comme un chien ne se lasse jamais de dévorer des biscuits ». 

    Malgré ces nombreuses remarques agaçantes, démodées, à la boy scout, il y a quelques belles trouvailles : « C'est bien de pouvoir joindre les deux bouts, mais c'est encore mieux de pouvoir faire un joli nœud » dira Herr Gunther à quelqu'un qu'il essaye de soudoyer. Gunther est plus sympa que le personnage de James Bond, un peu moins brouillon que Colombo, moins parfait que Sherlock. Avec lui, les événements pas drôles arrivent quand même et il s'en tire, mais souvent très, très amoché.

    Ce bouquin est monté sur le même modèle que les romans historiques de John Michener. Une intrigue inventée montée dans une succession de faits historiques bien réels. Rapidement, on ne sait plus trop où commence la fiction. Les trois périodes couvertes sont rarement mises de l'avant. L'Allemagne des allemands (et non des nazis) de 1935, de 1936 avec les Olympiques de Berlin ensuite la période immédiate d'après guerre en 1947 alors que Berlin, Vienne, et l'Allemagne élargie finalement, sont des territoires conquis et que les vainqueurs américains et russes se disputent les restes.

    Les descriptions sont hyper précises, on dirait Google map en mots exotiques… Unter den linden, Herbertstrasse, Kurfürstendamm, Alexanderplatz, Dircksenstrasse etc. Les déplacements dans Berlin sont expliqués avec plein de détails qui étaient disparus une fois la guerre terminée. D'autres descriptions sont parfois particulières : « (mon client…) avait de grands yeux, bleus et proéminents, avec un étrange éclat liquide, comme s'ils venaient de traverser un nuage de gaz moutarde. Je compris brusquement que cet homme venait de pleurer. » ou, « Cet été Berlin est aussi chaud que l'aisselle d'un boulanger. »

    Dans la première partie (l'été de cristal), un riche industriel le mande pour résoudre un double décès. Notamment sa fille et son conjoint. On lui suggère un motif relié à des bijoux gardés dans un coffre de la maison. Le cas devient un double assassinat et le motif des meurtres se déplace aussi, et se relie comme par lui-même au jeu politique nazi.

     

    Il visite en douce l'appartement de Himmler, il côtoie Goering, Goebbels, Niebe, Heydrich. Il se débrouille même pour fréquenter un camp de concentration (qui foisonnaient à cette époque), pour les fins de son enquête évidemment. Ça paraît gros, mais c'est présenté de façon crédible.

    Au deuxième volet, 1936 à 1939 (la pâle figure), son nouvel associé se fait assassiner au début d'une enquête en 1939. Les évènements mettent en scène une riche bourgeoise, son fils homosexuel, et les éternelles tractations politiques d'avant-guerre. À la demande de Heydrich lui-même on l'oblige à réintégrer le service régulier de la police allemande; la Kripo.

    Pendant que Herr Gunther s'acharne à écarter les écrans de fumée entourant le décès de son associé pour le bénéfice des nazis, la crise des Sudètes prend place et l'Angleterre avec Chamberlain osent des négociations avec Hitler pour éviter la deuxième guerre mondiale. Encore une fois, ce n'est qu'au terme d'une longue et méticuleuse enquête que Gunther pourra dénouer l'impasse invraisemblable.

    Dans « la pâle figure ». En 1947, Gunther s'avoue un passé de SS obligé pendant la guerre. Les vainqueurs russes et américains entrent en contact avec lui pour aider à sauver la vie d'un vieux camarade du temps du service régulier dans la police. On le déplace en Autriche, à Vienne. Espions, contre-espions, mafia russe, CIA américaine tous gravitent autour du cas pendant qu'on finit par procéder à l'érection du mur de Berlin qui scellera le sort de l'Allemagne vaincue.

    Un livre plein de belles qualités, bien écrit aux intrigues imprévisibles. Un livre instructif et passionnant. La toute dernière parution du même auteur est : « L'Hôtel Adler »


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :