• Le destin de Iouri Voronine

    Deux extraits: beau et vrai, vulgaire et vrai.

    "Quelque part, dans le monde, le soleil et la lune se rencontrent pour se parler. Tous deux sont tristes, très tristes. On ne les aime plus, on ne les respecte plus. Personne ne prend plus une poignée de terre dans la main et personne ne lève plus les yeux vers le ciel. Les hommes et les femmes s'ennuient, il leur faut des sensations à frémir d'horreur ou d'extase."

    "... si la merde des pauvres était de l'or, le cul des pauvres n'existerait plus."

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    Le destin de Iouri Voronine

    Henriette Jelinek, 2005, Éditions de Fallois

    (grand prix du roman de l’Académie Française)

     

     

    D’origine russe, émigré aux États-Unis, Iouri passe sa vie à Chicago. Valet de chambre puis jardinier, il mène une vie humble avec son épouse Svietlana (« clarté »), qui deviendra Genia par accommodements à sa nouvelle langue.

    Leur unique fils Miroslav (« la Paix glorieuse »), renie rapidement ses origines et devient Joe Carson Lincoln. À la grande tristesse de ses parents. Il rate son adolescence et, devenu adulte, amasse rapidement une fortune colossale.

    À la mort de sa mère il héberge son père avec lui à Los Angeles. Et le force à changer de nom pour Erle Carson Lincoln. Erle (« petit lutin »). Contre son gré, vraiment, mais Iouri accepte.

    Le vieux refuse de se perdre dans sa nouvelle vie de château, systèmes d’alarme et pennes dormants, mais ne peut l’exprimer. Il se lie d’amitié avec les domestiques et avec John Ford, un vieux désœuvré qui traîne souvent pas très loin de sa cage dorée. Iouri se désole des valeurs de son fils.

     « … quel gâchis… J’ai perdu mon fils presque depuis qu’il est né, alors quoi dire. C’est trop long… trop difficile… ».

    Mais Joe a sciemment choisi ses valeurs et sa vie pour s’extirper de la pauvreté désolante qu’il a connue dans son enfance.

    « Et si je ne suis pas venu à l’enterrement de maman c’était parce que c’était ton chien, pas le mien. »

    Le père réalise jour après jour que son fils est incapable d’amour… de la vie, des plantes, des bêtes, des humains.

    Fuite en avant, Joe inscrit son père dans un club d’échec à la mode : jeu auquel il excelle. Le jardinier Iouri, alias Erle, doit s’y faire passer pour un vieil officier de l’armée russe fuyant le communisme… bon ton oblige.

    À force d’entêtement, c’est dans un monastère que Iouri donne un sens à sa vie, une allure à sa vieillesse en redevenant finalement Iouri Voronine, l’humble jardinier.

    Deux cultures, deux générations, deux conceptions du bonheur, deux modes de vie, en perpétuel affrontement tout au long du récit. Un livre exceptionnel.

     


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Dimanche 17 Mars 2013 à 13:45

    Cela semble bien beau à lire cela...je pense que je vais ajouter ce livre à ma liste...

     

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