• Le vieux

    L'émotion d'un retour à la source des choses

      
      
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    LE VIEUX

     

     
    Ce matin j'ai remonté la huit
    De la Carter à la Portelance
    J'ai marché jusqu'à la guérite
    Contemplé le monstre de face
     
    Son haleine de souffre m'a surpris
    Avec le temps bien sûr on oublie
     
    J'ai redescendu la ruelle de la sept
    D'un pas rapide d'un pas alerte
    Comme si je devais me presser
    Pour le cours madame Bérubé
     
    À l'école Notre Dame de Protection
     
    D'un coup disparu le fard de gazon
    Fruit des efforts de la dépollution
     
    Un arbre chétif tout rabougri
    Incertain de sa volonté de vie
    M'a confirmé la vision du passé
    Que je venais tout juste de raviver
     
    Quand explorer les ruelles des maisons
    C'était conquérir les Caraïbes les Japons
    Leurs geishas tous les pirates à patte de bois
    Partir pour des aventures sans lois
    Vers l'Amazonie et ses anacondas
     
    Le paysage a beaucoup changé
    Mais les maisons petites menues
    Frileuses sont toujours collées aux cheminées
    Phares de l'immense fort au bout de la rue
     
    Certaines d'entre elles ont même gardé
    Jalousement leur pauvre habit de papier
    Pourtant la toute puissante Noranda Mines elle
    Est devenue la soeur de l' Extrata Nickel
     
    Blast and drill my good friends only
    Remember we pay cash and give housing
    Travaillez dur travaillez fort forez
    À la fin du quart je vous ferai signe
     
    Mon regard glisse sur un vieil abri
    Avec insistance je veux m'assurer
    Qu'aucun anglais n'y est embusqué
    Même si on est en territoire ami
     
    Une vieille branche a trouvé ma main
    La baguette sur un cor à déchets plein
    Bat maintenant le rythme de la mélodie
    Du passé de ces folles années enfuies
     
    Marguerite n'est plus dans son logis
    Et son four s'est entièrement refroidi
    En longeant les roses briques de son restaurant
    Un fumet de tarte aux pommes est pourtant présent
     
    Plus loin une Plymouth 57 vert menthe
    N'en finit plus de mourir sur ses blocs
    Malgré les greffes subies ad hoc
    On peut déjà prédire le sort de la patiente
     
    Quelques carreaux brisés à un châssis
    La peinture en cloque d'un triste logis
    M'annoncent que mon pas refait le chemin
    Que j'ai suivi jadis alors que bambin
     
    Pour me rendre à l'école tous les matins
    En route vers ma vie vers mes demains
     
    Au croisement de la six une maison au stuc ridé
    Le déclin d'une antique galerie au fini patiné
    Traversent péniblement l'épreuve du sablier
    Elles m'attendent comme les arbres pour valider
    La véracité de ce vibrant et lointain passé
     
    Quelques mètres de ruelle plus loin le garage
    Où les grands s'abritaient pour fumer
    Au nez de l'école et des enfants sages
    Avant que ne sonne la cloche de la rentrée
     
    Où sont passé les grands
    Vers où se sont-ils enfuis
    Moi je suis encore si petit
    Minuscule par en dedans
     
    Où qu'ils soient rendus maintenant
    Sont-ils aussi grands de l'intérieur
    Qu'ils l'étaient de l'extérieur
    Aux années de bon vieux temps
     
    J'y pense et j'en doute fortement
    Alors que le rêve s'effrite soudainement
    Sans crier gare sans ménagement
    Je retrouve mes jours de maintenant
     
    Moi face à un hangar vétuste
    Croulant sous le poids des ans
    À l'âme ce sentiment frustre
    D'un long périple incessant
     
    Cette impression que si on veut avancer
    On doit abandonner des choses se délester
    N'emporter qu'une partie de son vécu
    Avec soi vers plus tard vers l'inconnu
     
    J'ai le sentiment de revenir de loin je suis fatigué
    Aussi j'ai mal aux pieds dans mes souliers usés
     
    L'eau en flaque devant ma porte est gelée
    Je regagne pourtant ma maison abandonnée
    J'ai la nette impression que le vieux Noranda
    M'accueille et m'ouvre aujourd'hui les bras
     
     
     
     

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  • Commentaires

    1
    Marie-Jeanne
    Mardi 27 Décembre 2011 à 10:33

    Bonjour, joli ce poème, rempli de nostalgie.

    Le passé est rempli de souvenirs plus ou moins bons c'est pour cela qu'il faut garder que les meilleurs.

    D'ailleurs les "vieux" qui perdent la mémoire, ne remarque t'on pas qu'ils se souviennent des bons moments? Les autres ils préfèrent les oublier.

    c'est ce que je fais parfois ...Puisque qu'à partir de soixante ans on est considéré comme sénior.

    Bonne journée avec la neige...

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mardi 27 Décembre 2011 à 16:55

    Oh! merci M-J. Tu as remarqué que c'est comme un anti-voyage hein? Il faut une voyageuse pour ça. Noël a amené une vague de doux! On est passé de 28 sous zéro à à une douce température qui joue avec le point de congélation... mais blanc tout de même, tu as bien vu. Lol

    3
    Marie-Jeanne
    Mardi 27 Décembre 2011 à 17:00

    Bonsoir, oui effectivement je suis une grande voyageuse autant par l'esprit que par les faits.

    Mon chéri etmoi avons navigué sur un voilier pendant trois ans.

    j'aime voyager et bouger surtout. j'ai beacoup de souvenirs dans ma tête et je c rois que j'ai réalisé pas mal de mes rêves. On appelle ça une vie bien remplie. Bonne soirée et à pljus de te lire.

    4
    Etiam
    Dimanche 8 Janvier 2012 à 06:20

    Merveilleux , les mots me manquent . Tu m as fait revivre une partie de mon enfance . Absolument MERVEILLEUX ...Merci !

    5
    Dididit Profil de Dididit
    Lundi 9 Janvier 2012 à 17:27

    Lol Étiam... alors toi aussi tu as connu le monstre et son haleine de souffre. Lol.

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