• Marches nombreuses, insomnie perlée

    Des pensées éparses qui finissent par s'organiser d'elles-mêmes

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    MARCHES NOMBREUSES, INSOMNIE PERLÉE

     

    Hier matin c'était la dernière journée d'avril. Hier matin, j'avais un rendez-vous, j'y marchais. Presque sans effort d'imagination, ma tête s'est égarée quelque part entre septembre et mai. Sans plus. Dans l'ordre ou dans le désordre. Le temps était crotté de vapeur en suspension. Le soleil, déjà levé à mon départ, avait mis son habit gris : celui à égriser les nuances du paysage au contact de la gemme matte de son éclat terni.

    La tour de transmission de RNC Média piquait dans un ciel bonhomme Michelin. Tout le décor était humide mais il ne pleuvait pas. Terrains, trottoirs, rues, tout suait de trempe! Gris et brumeux comme septembre. Chaud et prometteur comme mai. Rien, aucun indice pour savoir si la saison se réchauffait trop tard ou se fardait trop tôt d'allures de fin de vie.

    Quelque part entre mai et septembre. La cité au paysage figé, aurait pu être affublée de plusieurs noms. Je pouvais être partout ou nulle part. L'important n'était pas là. En traversant Saguenay, aucun véhicule en vue sur les quatre voies, aussi loin que portait mon regard. D'un côté comme de l'autre. Rarissime ça.

    • Coudon' y sont tu touttes morts?

    Pourtant il faisait chaud. Il faisait bon, comme en mai. Calme et reposant paysage urbain navré, mais d'une douceur presque bucolique.

     

     

    Arrivé devant le 285, sur la Murdoch, j'ai jeté un deuxième coup d'œil au bouquet d'arbre enraciné à cet endroit. La semaine dernière, quand le temps était encore froid, déjà j'avais été impressionné. C'est les presque-feuilles en grappes qui m'ont fait m'arrêter. Comme des peanuts trempées dans du sucre rouge. Des petites boules rougeâtres en grand nombre, greffées au bout des hautes branches. Figées… suspendues entre deux saisons. Rien à voir avec les bourgeons auxquels mon œil est habitué. Ceux qui prennent la forme de petits enroulages verts laissant deviner la feuille à naître. Ceux-là étaient des amas rougeâtres et denses, répétés à l'infini. Une mise en pli végétale. L'arbre tout entier avait les allures d'un gros plumeau posé à l'envers en bordure de la voie.

    Après j'ai remarqué les pieds. Six; il y avait six troncs d'arbres distincts. Une bande d'arbres moyens je dirais, émergeants d'une souche maîtresse. En hauteur, l'enchevêtrement de branches se composait une seule et unique tête. D'après l'écorce et les vestiges laissés aux pieds à l'automne, il s'agissait d'un érable. Je n'ai jamais réalisé comment un bourgeon d'érable ressemble à des peanuts sucrées.

    How sweet!

    À la St-Jean, quand le bonhomme Peanuts passait sur cette même rue, debout sur un flat bed tracté, le fil de son étrange monocle en balance, il lançait des sacs d'arachides à cinq sous aux enfants agglutinés sur les bords de la large avenue. Hallucinants huit ans! Aujourd'hui, même endroit, semblable émerveillement.

    Planter's salted peanuts, enjoy!

     

     

    Mes pas repartent et je me dis qu'on ne peut pas dire qu'on a été gâté par la température ce printemps. J'ajoute à mon unique intention que la marque laissée par la saison cette année, en sera une de pas de marque pan toutte. Du froid, du gris, de la pluie. De la neige qui refuse d'arrêter d'orner les débuts de journées. Un printemps beurk! Finalement.

     

     

    J'avais remarqué l'étrange montage de vitrine du magasin d'art de la rue Principale, un peu avant Pâques. Pour faire dans le style fin d'hiver, les propriétaires ont décidé de remiser les décorations aux allures de Noël.

    Le petit ajustement printanier de leur vitrine m'avait frappé au moment du changement. Ça m'avait frappé aussi à chacun de mes passages devant la devanture par la suite. Ça me frappe encore aujourd'hui en cette matinée toute en parenthèse. Pourquoi a-t-on résumé l'arrivée du temps doux par l'étalage de cinq ou six parapluies grand ouverts? Une pluie d'été c'est déjà une grosse amélioration par rapport aux rafales de neige j'en conviens, mais pour l'heure, c'est du soleil qu'on veut. Au printemps, la pluie c'est secondaire. C'est l'accessoire du soleil. Personne ne veut d'un interminable chapelet de pluie. C'est à croire qu'ici on a pratiqué une variante de danse de la pluie avant d'ouvrir et d'exposer les appareils. La mauvaise température aidant, j'en suis rendu à me dire qu'il faut être pessimiste et demi pour associer le printemps à la pluie en long et en large.

    Et le jaune, bordel!

    M'est d'avis que je vais choisir un itinéraire moins déprimant pour mes promenades.

     

    Mais c'était il y a déjà plus d'une semaine. Aussi bien dire une éternité.

     

    Plus récemment, au retour d'une promenade de promenage… c'est-à-dire sans but pratique, comme ça arrive souvent, je suis revenu par la rembarde qui longe le lac. Tout nouveau paysage : que du neu' de ce côté. L'époque est hâtive, bien sûr on se paye un peu du bac à ordures de l'hiver.

    Les rives du lac Osisko ont commencé à fondre leur neige et, alors que le blanc vire au noirâtre en se piquant de points gris et noirs, les débris accumulés sont mis en évidence.

    Ça, ça fond pas.

    Une botte sur la banquise, loin du bord, des restes d'emballage de restauration rapide délaissés par les mouettes, des cannettes, des bouteilles, une mitaine orpheline… j'en oublie. Mais au-delà de ces détails, on remarque que le lac nous revient. Comme un grand bol de soupe à' slush à saveur de pas de saveur. Loin de la rive, un brouillamini de gris-blanc-noir-clair prometteur.

    L'incertitude d'un accouchement.

    Plus près de la rive, c'est plus clair. Une belle épaisseur de glace encore blanc mat s'est détachée de la soupe aperçue au centre et a calé telle quelle, sans compromis, comme pour manifester contre les pourparlers avec l'été qui lui, veut impérativement prendre sa place. Un gros glaçon blanc opaque dans un grand verre de gin clair! Beauté.

    C'est l'avancée des pas : pas vraiment de lac aux allures de lac, pas du tout de fleurs, pas de mouches, sauf quelques hâtives qui s'excitent ici et là au moindre rai chaud. Et mes pas de marche par-dessus le lot.

     

     

    J'ai décidé de ne pas parler des autres vestiges d'hiver que j'ai recensés. Inévitables, je les ai pourtant classifiés en format, couleur, ampleur et qualités mais… bon. Je me limiterai à dire qu'en sortant du restaurant, sur la rue Perreault, j'ai eu la preuve répétée de la vitalité musculaire intestinale de certains représentants de la race canine. Ma réflexion sur la vitalité allait en sens inverse quant au muscle cérébral des propriétaires qui ont le regard-ailleurs tellement facile.

     

    Alors que ce récit en friche traînait et ne demandait qu'à être formulé avant l'arrivée des pivoines, la fatigue d'une journée de plein air m'a terrassé tôt. Dans la nuit, un rêve m'a tiré de mon sommeil à 4 heures du matin.

    Net!

    Rêve enfui évidemment. Il n'a laissé qu'un sentiment mauvais qui a commandé le qui-vive à mes paupières. Comme je ne suis pas adepte de benzodiazépine, je me suis levé et frotté à différentes tâches, mon problème n'étant pas musculaire. À cette heure, le monde m'est étranger comme la planète Mars peut l'être à un casseau de poutine dégoulinant.

     

     

    Par la fenêtre ouverte, j'ai constaté que l'activité braillarde des nichées d'avant le lever du soleil, était revenue. Fantastique. Belle insomnie finalement : jolie surprise pour la cinquième heure.

    Aussi bien déjeuner dès maintenant. Ça sera toujours ça de pris.

    Puis, à l'heure sixième, en regardant par la fenêtre, j'ai remarqué qu'un peintre achevait de colorer de jaune le mur est, des maisons de ma ruelle. Tous les murs, de toutes les maisons en même temps. Galarneau, entrepreneur peintre. C'était tellement vif : du pur or. J'ai su qu'avril ne s'en remettrait pas.

     

    Trente minutes plus tard, le rot d'un train rôdant la mine, me servait de GPS en me rappelant que le nord qui prenait vie autour de mes sens c'était celui de Noranda.

    Comble de turlute de hasard. Je décide d'en profiter pour lire les nouvelles du jour dans le journal. L'avantage des éditions numériques c'est l'heure hâtive de la livraison. Voilà que je tombe sur un article à propos : « La mélatonine pour vaincre l'insomnie ». Ça jacassait sur les effets des troubles du sommeil, sur les glandes pinéales, sur plein de trucs techniques tellement rasants que je me suis surpris à bailler.

    Il était sept heures. L'occasion était trop belle. Hop! Dodo.

    Je termine mon récit après reprise de mes trois heures de sommeil perdues pendant la nuit.

    Finalement, mon aventure d'insomnie rarissime, aura été comme un petit voyage sans valises. Une vision différente de mon environnement.

    Bien sûr en me relevant, je n'ai pas oublié de faire une roulade et une culbute pour me replacer la nuit au bon endroit. Ça devrait aller maintenant. Je vais dormir tôt ce soir et longtemps, je sais ça.

      


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  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Juillet 2013 à 04:57

    Il va me falloir revenir pour continuer la marche avec toi, je suis restée scotchée sur:

    "Bien sûr l'époque est hâtive,  on se paye un peu du cor à vidange de l'hiver."...

    Quand on se paye une promenade de promenage sur le bord de la rembarde du lac...on entends-tu les derniers vieux sons de l'hiver qui nous rappelle qu'il reviendra... y as tu un corridor qui fait office de cor...pour ces vieux relents de sons d'hiver ?

      

    Un peu du cor à vidange de l'hiver...t'as tu  pensé à cela "tu seul..."? parce que dans mon coin de pays le corps...à vidange ces temps ci...y a mal à la mâchoire...avec tout ce que j'ai dû y mettre dedans...(...) mais on est en début juillet là...

      

    je reviendrai continuer ma "démarche"

     

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Lundi 1er Juillet 2013 à 15:57

    ??? toi c'est un cor bleu... en plastique... le lac c'était un cor un peu bleu mais entre deux états. Un peu bleu, beaucoup dur-mou. Pour le reste ???

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