• Matin petit

    Matinée de novembre

    Un aterrissage dans le monde par vents latéraux et conditions adverses.

    "Certains jours naissent laids. Dès leur première lumière, ils ne valent rien, quel que soit le temps." (Tendre Jeudi, J. Steinbeck)

    (À moins d'annotation contraire, toutes les images et tous les textes de ce blog sont protégés et ne peuvent être utilisés sans permission de l'auteur)

    Beaucoup de novembre partout dans la chambre. Enseveli sous mes couvertures je fais l'inventaire. J'ai récemment rajouté quelques tissus de laine à la couche. Mes pieds ronronnent de chaleur dans le portefeuille. Mon armure, ma couette me moule d'une cosse confortable. Je le réalise point par point et referme l'oeil que j'avais juste un peu forcé vers le monde. C'est à peine si je remarque les sons de la rue qui se faufilent par la fenêtre entrouverte. Mon rêve me réclame de nouveau. Je m'y abandonne sans joie, je me sens bien.

    À l'heure suivante je tente une autre remontée. Encore plus de novembre m'assiège. Pourtant je ne peux m'imaginer plus grand bien-être immédiat. Mon lit comme une matrice originelle. Une venue au monde sans la violence du cri primal.

    J'ouvre les deux yeux, toujours sans remuer. J'apprécie la seconde. Je sais que ça sera le seul bon moment de la journée. J'ai pu l'étirer, le goûter. J'y ai mordu comme dans un fruit bien mûr, malgré tout ce novembre. Quelques minutes passent, sans conséquence. La maison dort encore. Immobile dans mon cocon de chaleur, j'en accuse même quelques dizaines de ces minutes. Un chapelet égrené pieusement.

    Dehors c'est gris, je le devine par le manque d'éclat dans les rideaux.Il n'y a pas si longtemps, le soleil levant y déclenchait parfois un discret feu Saint-Elme. Dehors la pluie chuinte en chutant. Les gouttières d'aluminium tintent, on les dirait désolées.

    Comme un transporteur aérien qui prépare son envol, j'inventorie mes systèmes. Acuité accentuée au talon gauche: arthrite spontanée possible aux premiers mètres du tarmac... Genoux? OK. Tête? Prête pour l'expédition, elle est pleine du vide laissé par les rêves. Il y a bien quelques circuits de débranchés mais ils seront aisés à raviver. Dos? Comme un nuage, on le dirait déjà parti. Température des pieds? Idéale. Mais je ne bouge toujours pas. Je laisse tourner mes neurones au ralenti et referme les volets de mes yeux. Flap. Le temps devient aqueux avant de se figer. Longtemps.

    L'idée d'une dernière vérification avant le décollage de la journée, m'ouvre les yeux en sursaut. Je n'ai qu'à tourner la tête pour voir que l'heure affiche maintenant un chiffre double au cadran. Je me suis donc rendormi. Je devine l'heure plutôt que je ne la décode. Sans mes verres, je ne peux faire mieux. Je la qualifie donc d'heure tardive. Je brise mon écrin douillet en repoussant d'un coup les draps alourdis et en m'asseyant sur le rebord du lit. Tout le novembre de la chambre me prend à la gorge. Beurk. Matin petit de novembre je te hais.


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Jeudi 10 Novembre 2011 à 05:05

    Je reconnais...et je dis aussi : beurk!

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