• Molasse Poutine

    Une journée d'été somme toute décevante.

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    MOLASSE POUTINE

     

    Certains levers d'été recèlent un parfum de journée de vacances; langueur, mollesse et tout. Pour d'autres, l'absence de soleil, la chaleur accablante ou bien le gris humide nous mettent en garde.

    « C'est l'été, mais fais gaffe, le pire est à l'affut ».

    Ce matin-là, c'était comme si Florence avait chaussé ses espadrilles à l'envers. Est-ce seulement possible? Bon, peut-être pas. Alors je crois qu'elle avait attaché les lacets des deux pieds pour former une seule et même boucle.

    Elle s'occupait du courant aux fourneaux de Morasse Poutine, alors que Jojo fesait a`plaque pour les déjeuners.

    À mon arrivée, il était onze heures onze. J'étais content de l'heure. Comme on est fier de la lèche d'un rayon de soleil furtif. Deux paires de jumeaux de chiffres en couples. Un et un, acoquinés avec un et un. Bien droits, bien nets. Une promesse de mieux et de meilleur j'vous dis! Que des uns mais qui, en équipe, se changent en gros nombre.

    J'étais vraiment fier de la portion de meilleure journée qui me dévisageait au travers du cadran de ma montre… onze-onze, tout court, tout net. Ce jour de juillet s'était d'abord annoncé petit, en débutant par un temps d'orage. Très tôt, le ciel était fâché du résultat des élections. Le gris s'était fait élire pendant la nuit et il s'affichait. Son vent et son eau me feraient rapidement « kier », de toute évidence. Très vite j'ai eu la tête en tempête. J'ai replié mon sourire. Comme ça, on sera deux avec l'air de boeu'.

    Pour vous dire comment c'était full été, c'était la journée de la fête aux can'diens et can'diennes de Har-Peur. Il y avait autant de feuilles d'érables rouges qu'en automne. La matinée parfaite pour le sirop… d'érable sur les crêpes.

    Je suis sorti de chez-moi tôt, je voulais compléter ma distribution de journaux au plus vite : bénévolat oblige. Comme la date de cette fête peut être mobile, contrairement à d'autres, et qu'elle tombait un mardi, les deux tiers des places d'affaires que je devais visiter étaient fermées. Ouvert, fermé : fermé, ouvert. Congé hier, congé aujourd'hui, allez savoir. Pas moyen d'être renseigné sinon en se cognant le nez sur les portes closes. Air de boeu' et quart pleinement justifié donc.

    La pluie perlée avait remplacé les cellules orageuses. En roulant sur la neuf, moi et mon air de ruminant, je remarque le slogan : « Morasse, le roi de la poutine »… ou de la patate, je sais plus trop. Cette journée-là, mon air et moi, nous étions accompagnés d'un touriste de la grande ville. Je m'empresse d'affirmer :

    • Voilà le royaume du patatologue, tu veux vérifier?

    Je consulte ma montre, onze et onze! L'augure était bon. Je laisse mon air dans l'auto et je débarque avec mon passager. Je m'affuble de l'ombre du début d'un sourire prêt à muer une partie du temps nul de la journée en petit bonheur.

    J'avais endossé mon air philosophal; celui capable de transmuter le Pouish en Wow.

     

    • Une patate moyenne et une petite poutine, s'il-vous-plaît.

    En plein dans la spécialité de la maison. L'étudiant, à sa première journée d'emploi d'été, semblait débrouillard. Il souriait d'accent sincère. Avec un peu de travail, un rayon de l'inexistant soleil finirait bien par entrer chez-moi. Sourire retour pour ce jeune homme à la bonne volonté évidente.

     

    À onze-seize, je regarde courir Jojo, une des cuisinières et je jette un œil aux fourneaux, faute d'avoir mieux à faire. Je remarque qu'aucun panier de frites n'a été mis à l'huile. Je pense à l'orage du matin, à la pluie intermittente à l'extérieur, aux inconvénients de la fête mobile des disciples de Har-Peur.

    • Bon c'est quoi çà, me murmure-je?

    À onze-vingt-deux, toujours pas de bac de frites à l'huile, je lève la main vers Jojo en demandant si on pouvait suivre l'avancée de notre commande sur internet.

    Mais non, j'ai demandé tout ça mais, en termes appropriés et polis. Je lui ai fait remarquer de façon convenable que l'attente s'étirait pour une très petite : une minuscule commande finalement.

    • Moi je fais les déjeuners, c'est Florence qui va vous servir.

    La Florence en question me semble insaisissable, même si j'ai noté ses rapides allers-retours nerveux. Quand elle s'immobilise finalement devant nous, c'est pour nous demander le numéro de notre commande que l'étudiant en formation ne nous avait pas fourni. Je répète ce pourquoi on a payé : une frite, une poutine. Jojo nous sert finalement vers onze-vingt-neuf. Les chiffres de l'heure sont devenus compatibles avec l'allure du début de journée, me dis-je. Un, un, deux, neuf… les deux uns ont changé de compagnons pour fréquenter des disciples de nullité. On fait quoi avec deux et neuf ensemble. Rien à faire que de les ignorer. Un petit, l'autre grand. Un pair, l'autre impair. À l'évidence même, c'est des chiffres à cul-de-sac.

    Malgré tout, on a fini par mettre la main sur notre pitance.

    À la première bouchée, je remarque que c'est chaud. C'est tout ce que je vais pouvoir dire de positif à propos de mon excursion au royaume de la patate. Rien à voir avec l'anticipation faite à onze-onze. C'est mou, c'est lourd, c'est chaud-mal-réchauffé, c'est molasse.

    Je me console en me disant qu'une demi-heure de mauvaise journée de perdue ça m'est égal au fond. Je me désole en pensant que j'ai payé plein prix… cher ma foi, pour, après deux bouchées, nourrir la poubelle de Molasse Poutine.

     

      


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  • Commentaires

    1
    farniente
    Mardi 8 Juillet 2014 à 02:30

    dur, dur...dur.....eek

    pourtant la réputation est bonne jusqu'à Québec!

    2
    Mercredi 9 Juillet 2014 à 06:10

    Je sais bien. C'est un drame. On devrait faire une journée de deuil ou bien garder une minute de silence dans les villes et villages entre Noranda et Québec à chaque premier juillet à venir ou bien... je sais plus là. Mais c'est gros.

    3
    Lelu
    Mardi 17 Février 2015 à 19:19

    Chez Margaret &Rose on ne se trompait pas. Cuisine familiale pour ceux qui s'ennuyaient de celle de leur mère...

    4
    Mardi 17 Février 2015 à 20:12

    Oh! Ça sent le vieux... Noranda, évidemment. Toutefois l'ajout du "&" entre les deux prénoms composant Margaret & Rose, révèle un souci du détail particulier car personne ne le prononçait le "&". Pour les clients,  c'était Maragret Rose d'un seul souffle, peu importe l'exactitude de la raison sociale. Vraiment, sa tarte aux pommes ne m'a jamais déçu. Bonne visite Lelu

    5
    Lelu
    Mardi 17 Février 2015 à 21:22

    Gâteau "Elizabeth" pour moi.

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