• Neiges

    Observations de quand je prends le temps

    Neiges

     

    C'est début mars. Les belles journées ensoleillées commencent. Oh, elles sont encore accompagnées de froid mordant mais, le soleil y est. Bien mince espoir encore.

    Journées jaunes et bleues. Il fait bon être dehors si on a prévu le coup en pouvant parer le vent.

    Devant ces évidences, une journée de début de semaine, j'ai découpé finement mes tâches pour allier l'utile et l'agréable. J'avais le privilège de planifier en ce sens alors pourquoi m'en priver. Activités extérieures au plus fort du temps clair et ensuite, besogne administrative.

    Milieu de matinée, le jaune avait déjà fait grimper le rouge mercure. Le douze sous zéro m'apparaissait comme bien enviable pour un bain de lumière. Je sortis donc pelleter de la neige.

    Ce n'est pas un pléonasme que de présenter la chose de la sorte. On peut pelleter du sable, de la terre, de la m… enfin… du fumier. Il avait neigé deux jours auparavant et je ne m'étais même pas donné la peine de déblayer l'entrée.

    Fait intéressant, chez-moi l'urgence de déblayer l'entrée s'était diluée, noyée pratiquement, dans le lot des priorités juste parce que je ne possède pas de voiture. Dans ce cas, avantage non négligeable.

    Mais comme je feelais printemps « genre », je choisis d'aller pelleter ma neige où ça n'était pas vital de déblayer. Comme un luxe quoi! Un luxe à l'image du bleu ornant le firmament.

    Je pelletai donc ma neige autour de la remise près de la ruelle. Personne n'y verrait de différence quand j'aurais fini sauf moi. J'y aurai fait le plein d'énergie malgré la dépense de l'exercice.

    Pourquoi je vous dis ça? J'y viens, j'y viens…

    Peu de temps après avoir commencé à jouer de la pelle, je remarquai que la neige était différente. Comme s'il y avait plusieurs neiges si ça s'avérait possible. Il y a plusieurs années, dans des circonstances semblables, j'avais déjà remarqué le phénomène sans vraiment y prêter garde; j'étais très préoccupé alors par la tâche de déblaiement qui m'avait été confiée. C'était lors de ma rituelle visite d'hiver au chalet. Ça fait longtemps maintenant.

    Cette semaine, je devais avoir les idées plus dégagées, j'ai vraiment prêté attention. Il y avait bien trois pieds d'épaisseur de neige. Au-dessus, c'était la neige la plus récemment tombée. Légère et insaisissable comme de la plume. Fuyante comme un mensonge celé. Pourtant d'un blanc pur et aérien. Elle ne demandait aucun effort physique. On aurait dit des flocons de guimauve.

    Juste dessous, une couche de neige en sel. Brillante comme une rivière de diamant dans l'or de la journée. Pour peu je me serais cru millionnaire. Les cristaux glacés roulaient hors de la pelle avec un chuintement caractéristique. Quand je me suis arrêté une minute pour reprendre mon souffle, c'est la richesse de cette couche de neige qui miroitait sous mes yeux. J'ai étiré ma pause. Je me suis vu comme le vieux Picsou nageant dans l'or et l'argent de sa voûte. Cette épaisseur de neige avait profité de sa courte dormance sous la couche duveteuse du dessus. Initialement identique à l'autre, la couche protectrice l'avait transformée, enrichie d'allure.

    Après j'arrivai à un bloc plus compact de neige durcie qui avait sans doute hérité de l'humidité des superpositions précédentes et avait été autant affectée par l'humidité émanant du sol gelé. Pas encore de la glace, encore de la neige, mais on pouvait la détacher en blocs compacts et lourds. Quand même la rangée la plus épaisse et la plus facile à déblayer en dépit du poids. Tout ce qui était soulevé par la pelle était déplacé. Aucune perte, aucun débordement fuyant. Des morceaux d'hiver bien réels se laissant docilement mâter. Ça contrastait avec l'allure de la journée.

    La neige durcie cachait une neige de riz, granuleuse. De vrais éclats de verre éparpillés, à soulever à répétition tellement ça voulait rester en place, prendre racine dans l'hiver.

    Malgré la fuyante sensation, l'ardeur de mes travaux m'amena presqu'au niveau du sol et ma pelle en était venue à s'échiner la lame à essayer de débarrasser le sol de la solide couche de glace qu'était devenue les premiers flocons de l'automne.

    J'arrêtais de temps à autres pour remarquer que c'était pareil partout où je creusais. Finalement, je ne pelletais pas la neige, je pelletais les neiges de l'hiver. Comme un paléontologue examinant les couches de sol fossilisées à la recherche de quelque mammouth.

    Du début à la fin, le jaune lui, n'a pas changé. Une belle, ondoyante et crémeuse lumière appétissante déversée partout.

    Tellement que ça m'a un peu réconcilié avec je sais trop quoi. Ça m'a donné le goût de commencer à déblayer l'allée principale comme si j'avais l'intention d'y garer l'auto que je n'ai pas. Un vrai voyage dans le sud qui s'apparente probablement à la gamme des plaisirs solitaires.

    J'y retourne bientôt, vous m'accompagnez? Je ne charge pas de droits d'entrée et dans le fond, vous n'êtes même pas obligés de pelleter, il suffit juste que vos heures à partager soient bonnes.

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 24 Avril 2012 à 13:11

    Quel moment te conviendrait ? j'apporterai du café dans un thermos, pour qu'en pause on puisse s'asseoir sur la galerie arrière pour profiter des nouveaux rayons de soleil....genre....

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mercredi 25 Avril 2012 à 02:40

    Trop tard zut! On en a bien eu un peu tout juste maintenant mais à ce temps de l'année elle est aérienne. Si elle colle au sol elle a un air emprunté le temps qu'elle y est. La prochaine vraie neige c'est dans très très longtemps tu sais... vraiment plusieurs dodos U.S! Merci de ta visite IM.

    3
    malinamie Profil de malinamie
    Mercredi 16 Mai 2012 à 05:03

    Bon ben ok...alors que dirais-tu de pelleter des nuages entre deux cafés...? C'est beau un pelleteur de nuages...:-) Et mêmes  les nuages sont beaux chez toi ...


     


     

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