• Nicolas et le Père Noël

    Je sais, c'est peut-être d'une autre époque. Ça date d'avant le règne absolu de la jeunesse sur le monde. Malgré tout, je conserve dans un coin de mon coeur tout un chapelet de fêtes de Noël heureuses et ce, en dépit des préjugés. Avec le temps, les messes de minuit d'abord ennuyantes, sont devenues pour moi des trésors. Avez-vous acheté votre billet pour la messe de minuit cette année?

    Le Père Noël s'est aussi intériorisé, maintenant que j'ai réussi à le dépouiller de son aspect mercantile. Je ne veux plus le perdre. Les temps changent mais pas le besoin de rêver, d'espérer. Devrais-je initier la ligue des PNAA? Je ne sais pas encore.

    (Oui, oui, c'est bien ça, la ligue des Pères Noël amateurs anonymes.)

     

      

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    NICOLAS ET LE PÈRE NOËL

     

    C'était la veille de Noël. Ce soir là, vers neuf heures, Nicolas Larenne préparait le réveillon avec Marie, sa conjointe. L'ambiance était plus fébrile qu'à l'habitude car ce soir, pour la première fois, le couple était l'hôte de toute la famille. Nicolas, âgé d'à peine vingt-deux ans, venait tout juste d'emménager avec Marie. Il était content de partager son nouveau bonheur avec ses proches. Les neveux et nièces y seraient. Il en était très content. Après tout (ou est-ce avant tout?), Noël c'est la fête des enfants non?

    Après avoir monté la table, agencé les chandelles et surveillé longuement la dinde, Nicolas se rendit au salon et écarta négligemment les rideaux, du bout des doigts, histoire de jeter un coup d'œil à l'extérieur. De son appartement, situé au deuxième étage de la dernière maison de la rue Cringueule, il voyait s'étaler le long ruban blanc de la rue surmonté d'un impeccable dôme sombre et étoilé.

    Il se remémora la veille de Noël de ses cinq ans. C'est là qu'il avait commencé à croire pour de bon au Père Noël. Cette année là, sa cousine Céleste, une grande de sept ans, lui avait dit peu de temps avant Noël que le vieux bonhomme en rouge n'existait probablement pas. L'idée avait fait du chemin dans la tête du petit Nicolas. Quand ses parents le crurent endormi pour de bon à la veille de la grande fête, Nicolas sortit de sa chambre sur la pointe des pieds et monta au grenier. De là, par une lucarne il avait une vue imprenable sur un grand pan de ciel d'encre. Si le Père Noël existait, il le verrait passer à bord de son traîneau à rennes. Dans sa tête d'enfant, il supposait que l'équipage laisserait une trainée lumineuse derrière lui. En fixant attentivement le firmament, il tenta bien fort de ne pas se laisser distraire par les nombreuses étoiles brillant au firmament.

    En quelques occasions, il crut remarquer un lointain éclat mais l'impression ne résista pas à un deuxième examen. Tout absorbé à son examen, Nicolas ne put remarquer un énorme glaçon quitter la corniche à laquelle il s'agrippait depuis quelques jours. L'amas de glace tomba avec fracas sur le toit de la véranda un peu plus bas. Le vacarme qui s'en suivit le fit sursauter et attira son regard vers la source du bruit.

    Léon Klaussman regagnait son logis à pied après avoir terminé sa garde à l'hôpital tout près. Émigré depuis quelques années déjà, de sa lointaine Norvège, il vivait seul dans l'appartement du sous-sol de la maison d'en face. Nicolas l'avait croisé souvent mais n'avait jamais parlé au vieillard taciturne. Sa mère l'avait mis en garde. On ne savait presque rien de lui, c'était suffisant pour que la majorité des gens s'en méfie. Sans surprise, on le voyait toujours seul. Quand il était en colère il disait des mots bizarres que personne ne comprenait. Nicolas l'avait surnommé le sorcier. Il parlait un mauvais français mais suffisant pour qu'on lui accorde le poste de préposé qu'il occupait. Ce soir, comme personne ne l'attendait, il avait débordé de son quart de travail pour offrir maladroitement ses souhaits aux patients de l'étage qui étaient obligés de passer Noël en institution.

    Absorbé dans ses pensées, le marcheur fut surpris par le vacarme de la glace qui s'écrasait sur l'avant-toit. Léon leva les yeux et aperçut le petit minois de Nicolas qui le fixait avec un air d'arroseur arrosé. À la vue de l'enfant et de la candeur de son regard, le vieux éclata d'un grand rire généreux qui éclaira son visage en un instant. Nicolas lui avait toujours connu des yeux ternes de grande personne préoccupée. Le vieillard arrêta sa marche le temps de lever vers Nicolas un salut de la main. Nicolas se souviendrait à jamais des quelques secondes où leurs regards s'étaient croisés. Léon continua lentement son chemin en riant tout haut. Nicolas voyait sursauter ses épaules quand il disparut derrière la maison d'en face.

    Un peu troublé, le petit en oublia son intention de surprendre le Père Noël et ses rennes. Il redescendit prestement dans sa chambre et s'endormit, sourire aux lèvres. Ce soir, pour la journée la plus importante de l'année, lui, Nicolas Larenne, avait rendu une grande personne plus heureuse. Il ne comprenait pas trop ce qui s'était passé mais il en tirait d'instinct une profonde satisfaction.

    Nicolas ne parla jamais de ce petit épisode. Il ne se souvient pas d'avoir revu le vieux Klaussman par la suite; il déménagea peu de temps après. Il conserva quand même une toute petite certitude profondément en lui. Chacun peut être le Père Noël de quiconque s'il se donne la peine de partager ce qu'il a de meilleur en lui.

     

    DING DONG…

     

    -- Nicolas… veux-tu accueillir les invités s'il-te-plaît?

     

    -- Nicolas?

     

    Oui, toute sa vie Nicolas a cru au Père Noël.


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