• Pâques aux patates

    Fête d'espoir et d'émotions.

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    PÂQUES AUX PATATES

     

    Il y a des Pâques de soleil. C'est les plus beaux.

     

    L'hiver a assez couru la galipote dans le noir des rues et ruelles. Ses vents ont assez poli de jets de glace, les fières façades de brique des édifices. Il a assez assailli l'écorce des arbres, mordu les troncs. Assez rasé les parterres. Assez stérilisé l'univers. Assez congelé de merdes de chiens.

    Il faut que ça change!

    Parfois, si c'est un Pâques de soleil qui s'est pratiqué avant, la neige au sol aura déjà été séduite et trompée. Tellement, qu'elle se sera évanouie après avoir versé ses larmes de neige. Puis, une tulipe ou un fou qui court en shorts même si le fond de l'air fait le frais, parce qu'il n'a pas encore tout compris.

    D'autres fois, ce sera Pâques de mastic grisâtre. Moitié dans l'hiver, moitié dans la désolation ébouriffée, incertaine, qui précède la vie. Dans le loto. Le côté sombre de Pâques, capable du meilleur et du pire. La neige n'est plus la neige. La pluie n'est pas encore la pluie. Pourtant il tombe quelque chose d'innommable d'un bas plafond épais, cotonneux.

    Cette année, c'est un de ceux-là. Ça n'est pas vraiment grave. Il en est pareil pour Pâques comme pour toute chose. L'attrait et la vraie promesse réside dans la variété. Par définition, Pâques se renouvelle sans cesse différemment. Chaud, froid, heureux, clair, sombre etc. Par définition, Pâques est caméléon. On ne peut même pas lui donner d'âge sans faire un exercice d'approximation. Il fête sa fête quand bon lui semble parce que… dans la bible… un jour…

    Il y a des Pâques aux patates! Ceux-là ils sont dans ma tête. Je songe en particulier à la texture d'une de ces fêtes qui avait également décidé d'être de soleil. Ce Pâques aux patates m'a semé au cœur un joli winnebrékeur gris acier flambant neuf, matché avec des raining chous de toile noire. Ceux avec une tite ligne rouge dans le pourtour de caoutchouc blanc. Un peu froids pour la saison, mais les porter… uniquement avoir le privilège de les porter, c'était renaître.

    Renaître faute de pouvoir retomber en enfance parce que pas encore quittée… l'enfance. Le son feutré des mes pas enveloppés de ces pichous tapant dans le sable oublié sur le pavé, après le départ de la neige. Petits pas rapides et étouffés qui courent, qui volent vers Franche-la-patate et ses casseaux blancs, pointus. Une flûte de frites à cinq sous, bien dorées. Le fumet du vinaigre froid coulant à la surface des bâtonnets de patates brûlantes, orne littéralement la huitième jusqu'au smelter de la mine. De l'extérieur du chip stand, on entend les boules de bowling enfanter leurs fins du monde incessantes. Pâques aux patates, all right!

    Il y a aussi, Pâques de jaunes. Jaune de tous les tons possibles et impossibles ornant les œufs du brunch familial. À St-Émile, ciel bleu de jaune ou gris de gris, ce Pâques-là, on n'avait pas pris de chance, on l'avait orné nous-mêmes. Décoré à l'avance de la couleur du soleil. Un peu d'ocre qui vire au brun ou au marron dans le pourtour de l'imposant plat d'œufs brouillés, là où la cuisson a un peu forcé la note. Légèrement ambré par endroits. Jaune éclatant tirant sur le blanc au centre. Et puis jaune coco, comme il se doit; jaune maïs ailleurs… c'est selon. Et nuances de jaune d'or entre les deux extrémités. Les Pâques de jaunes, c'est aussi des Pâques de cochon. Revanche de la chrétienté sur Mahomet. La table montée de l'évier de la cuisine jusque vers le bout de l'éternité du salon. Et tout ce monde. Murmure sans alphabet. Incessant et tenace comme une rumeur. Semblable à une soupe à l'alphabet mélangée lettre à lettre, mot à mot.

    • Cette année j'ai acheté mon jambon à… gros, gros, toutte en livres. Et pi pas cher!
    • Le lac! Me semble qu'il était calé l'année passée. Je me souviens…
    • Mmm… et pi vous autres! Comment ça va? Me semble qu'on vous voit plus.

    Le temps de changer mon eau de vaisselle pour une cinquième fois, un dernier coup de torchon aux comptoir, table et planches aménagées. Je laisse le soir achever la fête.

     

    En centrale, des Pâques de carême. Accoler ces deux mots, c'est comme parler de la finalité obligatoire de l'infini. Pâques climax! Aboutissement d'un long cheminement. Messes de semaines, vendredis mégréjeûnes, privations, mortifications, tentations.

    • Le Christ est tombé trois fois. Je peux ben m'en permettre une toute petite, juste une. Personne le saura!

    Pâques préparées de long où on s'inventait des péchés pour les confesser avant de les expier juste pour faire sa part pour le bien de toutte le monde!

    ' tellement méchant le monde! I'va aller mieux un ti-peu après ça.

    Fête précédée d'un Vendredi saint ombrageux à écouter de la musique plate vomie par la radio. Tellement! On se demandait pourquoi le soleil s'était quand même levé par un jour aussi lourd. Soleil triste même si soleil.

    Préparation de la fête en philosophant pour apprivoiser l'heure terrible de la mort du Christ...

    • Je sais, la maîtresse en a parlé et le curé aussi : Il est mort à trois heures. Mais… c'était-tu à l'heure avancée ou à l'heure normale? Pourquoi on me laisse avec ma question angoissante?

    Ou bien encore, cette activité du Vendredi saint à laquelle je m'adonnais pendant l'heure d'adoration des grands.

    • Je les ai vus. Ils ont déchiré un peu. Là! Juste un peu.

    Épuisantes sessions d'observation de rideaux de 2h45 à 3h15. Juste au cas où ils feraient comme les rideaux rouges du temple, déchirés par la mort du Tout-Puissant. Toutes mes tentatives pour intéresser ma sœur à la question demeurent vaines.

    • Ah ben! Ça devait être à l'heure avancée d'abord. Jésus a peut-être fait comme ma Timex cette année… il a pris du retard. Dommage, j'vas manquer ça, j'ai promis à Nounou d'aller jouer dehors dans 15 minutes. Tant pis.

     

    Pâques à l'eau. Uniquement à l'eau. Sans froid, sans vents. Du gris pâle et de l'eau tiède.

    • Good! Ça va laver a'néige!

     

    Et ces autres Pâques à l'eau, jamais décodés quand, pluie ou pas, il était question de se lever dans la nuit pour aller cueillir de l'eau de Pâques.

    • Surtout! Ben important! Avant le lever du soleil. Ça fait toutte c't'eau-là! Ça guérit si on se frotte avec. Ça protège si on en garroche su'a maison pendant les orages d'été. C'est plus fort si en plusse, on l'a faitte bénire.

    J'ai déjà pensé en ramasser pour frotter le voisin tuberculeux. Cette fois-là mon cadran n'a pas sonné.

     

    Des Pâques à faire! Comme un kit Ikea.

    • Va faire tes Pâques… Messe et communion, minimon une fois l'on, pour le ti-garçon.

    C'est la partie facile. Pas de chance qu'il l'oublion!

     

    Quelques Pâques de cadeau bien ficelé. Boîte de chocolats bien tendue de couleurs. Tellement bien emballée de rose pastel, de bleu pastel, de jaune pastel… Le papier joyeux tiré solide, sans faux-pli. S'il ne s'agissait pas d'une fête religieuse, je parlerais presque de cadeau-condom, tellement la boîte était moulée dans tous ses détails. J'aurais voulu ne jamais l'ouvrir. Mon vrai cadeau aura été l'allure de l'emballage et le ti-lapin inutile prostré dessus les larges bandes de rubans.

     

    Pâques de glace. De glace et soleil chaud. De glace, soleil chaud et vents chauds sur le frasil. Assis à écouter partir la couverture. Grandiose! Le pourtour du lac déjà à l'eau claire. Dans la baie figée, l'eau se sent à l'étroit sous son couvert rigide. Un moment, le vent vire et attaque les Quinze de front. Ça craque fort et sec. Les lambeaux d'hiver pètent, mugissent, maudissent. Sous les assauts amplifiés par le jaune qui se répand partout, le démembrement de la glace se prépare violemment. Magistral Pâques!

     

    D'important, un seul Pâques à l'ananas par-dessus la tranche de cochon. Rencontre d'amour tellement différent. Pâques et curieuse renaissance de fin de vies. De vies fragiles. Petit Pâques original. Pâques d'accueil.

     

    Brumeux et affadis Pâques aux ti-poussins noirs ou jaunes du SS Kresge. Pour vingt-cinq sous on en ramène un à la maison. La Semaine sainte sert à examiner les petites bêtes dans leur prison de verre, près du comptoir à bijoux. Mon choix est fait : je veux lui, là! Celui qui s'ébouriffe les plumes pour un rien. Un poussin de gars.

    Si on manque les embryons de poulet du Kred'ge, ils en ont des pareils au poste d'essence Champlain. Eux, ils les donnent avec chaque plein si on veut. En prime, on a le choix entre une tasse ou un poussin. Un étrange fumet flotte dans l'air au temps des poussins. Pour une fois, ça ne sent pas que les émanations de travaux de soudure et la vieille huile à moteur, dans le bureau vitré du poste d'essence. Il est couru d'avance que l'espérance de vie des volailles se compte en jours d'hiver… des jours courts. Les temps changent et c'est bien pour le futur de la gente ailée.

     

    Et un seul Pâques aux sucres. Neige mourante et intuition. Mais c'est tellement bon le sirop. Et les crêpes dans le sirop, et les œufs dans le sirop. Ça fait sweet.

    How sweet!

    On donne ce qu'on n'a pas, les autres empruntent sans terme et la vie continue.

    L'été sera chaud et beau. Les bras se porteront gros cette année.

     

    Avant que le païen Halloween ne détrône ce patchwork d'espoir coloré, insensé, ça va en prendre pas mal de doux froids, d'eau limpide, de jaune, de soleil, de sirop… et en novembre de surcroît!

    Pas demain la veille.

     


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Vendredi 5 Avril 2013 à 17:42

    Et moi croyais que tu savais pas dessiné....elle est belle ta palette de couleurs de Pâques ...et je craque pour toi mon coco 

     

    IsaMalina 

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Samedi 6 Avril 2013 à 01:29

    Drôle IM va. Dessiner en mots c'est tellement plus facile qu'en lignes et courbes.

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