• Pourtant on est en juin

    Clin d'oeil mais...

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    POURTANT ON EST EN JUIN

     

     

    Je reviens des hauteurs de Place du cinquantenaire. Première visite dans ce Rouyn-Sud. Je suis sur la Laliberté. J'aime ça l'article qui se mire dans le début du mot suivant : … la La-liberté. On dirait une chanson. La, la, la…

    Toujours est-il que la La-liberté est remontée vers la Larivière… Un autre article avec le nez dans le miroir mais je ne referai pas le même commentaire; vous aurez compris qu'ici on chante la même turlute : la La-rivière. La-la-la-lère. J'adore vraiment ces la-la-la qui mènent à penser que l'essentiel de la vie peut se résumer tout entier dans une petite ritournelle légère. C'est un baume. Des munitions contre le règne de l'obscur.

    Je suis en haut de la butte avant le coin à Vanasse, qui a été le coin à Houle pendant plusieurs années mais qui est maintenant le coin à Paquin… à cause des changements de propriétaires du concessionnaire d'auto installé là. Pour moi, ça a toujours été le coin à Vanasse. Le nom du concessionnaire a changé au fil des ans mais pas le coin; lui, il est pareil.

    Avant cette intersection donc, en chantonnant mes la, la, la sur fond de ciel bleu nimbé de lumière jaune, je vois tourner un corbillard au feu de circulation. Presque sournoisement. Il vient dans ma direction sans se presser, décoré en mauvaise nouvelle. Seule la couleur noire arrive à vibrer de cette façon. Entamé tellement lentement, le virage. Ça pue le grave, le solennel. Il n'y a que la mort pour émettre ces ondes quand elle s'entoure de vie. Autrement elle et ses œuvres sont sordides. Vite vus, vite dits, vite passés, un point c'est tout.

    Petit mouvement de gorge baissier. Je passe du chantonnement de la,la,la à un murmure de houmme, houmme. Je passe d'une journée de juin brillante à un faire semblant qu'il n'y a pas de saison tendre aux heures présentes.

     

    On ne devrait pas mourir quand la vie est en promesses partout : pas mourir au printemps. Ça devrait être la loi. Tout court. Tout sec.

     

    • Tu te sens verdir? Tu es mal? Tu ne sais plus comment empêcher la vie de fuir ton centre? Attends! Novembre te bercera. S'sra pas long. Lui il arrive toujours au galop. Toujours froid. Toujours noir. Il saura y faire.

       

    Mais ce matin la loi n'est pas encore passée alors je rouvre grand mon œil : le bon. J'ai le temps, le cortège s'amène vers moi au ralenti. Dans ma tête, juste pour moi, pendant un court moment, je laisse rouler un film d'humour douteux inspiré par la lenteur du rythme.

     

    • Peut-être c'est un membre de la célèbre famille slomo qui est décédé.

     

    Slow motion ou pas, je chasse vite cette bulle intérieure inappropriée. Mais j'ai toujours plein de temps pour apprécier l'étrange vision de terminus de vie qui prend forme sous mes yeux.

    Tout ce temps d'horloge qui freine soudainement sans préavis, ça jure dans l'allure générale de ma journée. Ça me fait tourner la tête en sens inverse. À droite. Sur cette droite toute mienne, sur le trottoir, élégamment empêtrée dans ses peu nombreux printemps, une fille et ses jambes s'en foutent totalement. Les jambes vont dessous et la fille elle, suit par dessus. L'ensemble gambade gaiement. Les souliers claquants tapent le ciment avec juste ce qu'il faut de petits bruits secs. Un claquement de langue de robot. Ça sent le lissage d'ailes avant l'envolée. Vision pornographique par rapport à ce qui se déroule de l'autre côté.

     

    On ne devrait pas mourir en mai, ça salit le printemps.

     

    En plus, une mort pendant un temps de lumière forte, ça n'émeut pas vraiment. Les hommages s'éparpillent dans l'air léger et sont finalement vains à honorer le parcours. Même la proche famille toute endeuillée, sera rapidement assaillie par les exubérants dégorgements de vie du juin criard. Même contre son gré.

    Aujourd'hui, le temps est un peu frais dans son bleu. La dépouille elle, sûrement déjà glacée. La fille aux yeux bourgeons, qui promettent l'éternité du règne soleil, est, au pire, tiède-molle. Au mieux… au mieux, chaude, moite et mûre comme midi-juillet.

     

    Mais là n'est pas le propos. Un cortège s'agglutine gauchement derrière la voiture funéraire. Défilé nombreux en voitures, tous phares allumés. Ça roule triste en plein décor de bonheur de vie.

    Et là… là… je l'aperçois!

    J'aperçois une auto dans le cortège, vert brin d'herbe naissant, pas trop loin derrière le mort. Un beau vert, celle-là on ne peut pas la manquer. Elle tranche sur les gris, les noirs, les beiges des autres voitures. Vert flash elle est!

    Mon attention est attirée tout de suite sur elle à cause de la publicité affichée sur la bagnole. C'est la voiture d'un commerce local.

    Elle me semble aussi déplacée que la fille sur ma droite. Sauf que la fille elle, elle n'y peut rien. Elle n'a qu'à être ce qu'elle est. Une voiture, on peut décider de ne pas l'utiliser étant donné l'événement.

    En grosses lettres criardes, dans la vitre arrière et sur les portières, on peut lire : PHARMACIE PROM.

     

    • Ah ben toryieu! Y manquait plus que ça. Ça s'rait tu qu'y s'sentent coupable de pas y'avoir vendu les bonnes peululles à celui-là!!!

       

    Et moi je suis soudainement rendu à la hauteur de la lumière rouge du coin à Vanasse, qui n'est plus à Vanasse. Le convoi me dépasse largement maintenant. Il enfonce lentement la vie qui le suit dans la mort, mais juste un peu. Je ne peux pas voir si le pharmacien à l'intérieur de la trottinette flash vert a l'air d'un gars coupable de faute professionnelle. Le privilège de ralenti dont j'avais bénéficié plus tôt est terminé. Je suis revenu dans le printemps : dans la vie.

    Pendant ce temps, loin de là, bien à l'abri derrière ses chaînes rouillées et ses blocs de ciment, le noir de l'asphalte du stationnement de l'ancienne SAQ se défend inutilement contre une usure de surface devenue improbable. Aussi, dans le parking du Palais de justice, du côté des places réservées aux juges, une Cadillac attend patiemment son maître aux côtés d'une Lexsusse aussi bien élevée. Une Mazda, pourtant-gros-modèle, allège la gravité de l'image.

    La lumière des saisons ne peut que réfléchir sur le noir du bitume même si elle y laisse sa chaleur avant d'aller jouer ailleurs.

    Sur mon coin à Vanasse, par le rétroviseur de la portière passager de mon véhicule, toujours en attendant le feu vert, je remarque que le cul de la fée printemps s'en fiche encore mais plus élégamment que par devant.

    Après, pour moi, le soleil de midi s'obscurcit un peu. J'ai la lumière triste.

    Je lui souhaite un océan-ciel à l'inconnu.

    On ne devrait pas mourir en mai.

      


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  • Commentaires

    1
    Madame des D
    Dimanche 23 Juin 2013 à 16:39

    Très beau texte encore , sur la vie,  la mort ...j'ai senti un vertige qui m'a amené de la lumière à la noirceur , du nuage à l' éclaircie  , lorsque tu dis << tu ne sais plus comment empêcher la vie de fuir ton centre >> ouf ! Un coup de poing dans le ventre . En ce petit dimanche de juin tout en grisaille , a prendre mon premier cafe devant cette belle nature abitibienne et les multitudes de verts , et ton texte je suis heureuse de vivre ces moments précieux avant la suite 

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mardi 25 Juin 2013 à 03:25

    Merci, c'est gratifiant d'être associé à des moments heureux. Ce qui s'annonçait comme une petite excentricité se sera finalement développé autour de thèmes un peu lus sérieux. Ça arrive tout seul parfois: petit cadeau du printemps.

    3
    farniente
    Samedi 29 Juin 2013 à 17:07

    Courage, mai est du passé, et  juin achève. Et en plus tu te déplaces dans la direction opposée du cortège, de la fille aux pattes et du pharmacien...tout n'est pas perdu.. 

    4
    Dididit Profil de Dididit
    Samedi 29 Juin 2013 à 20:23

    Une vieille branche du même verger... que dis-je du même arbre. Salutations

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