• Régime amaigrissant et neige chaude

    Le retour aux sports après des années d'interruption amène parfois des situations cocasses.

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    RÉGIME AMAIGRISSANT ET NEIGE CHAUDE

     

    Un printemps encore en désir. Plusieurs journées sans l'orange. Un jeu de mercure constamment en dos d'âne. On a beau savoir qu'il faut être actif et bien s'oxygéner, ces conditions me nourrissent abondamment de la pensée poétique suivante : « 'Fait chier! ».

    Un tour de taille trop généreux me fait presque oublier les excellents résultats de mon dernier contrôle médical. C'est la faute à une alimentation un tantinet débridée. C'est la faute à pas-ou-peu d'exercices durant la saison froide. C'est la faute au froid qui s'agrippe à nos épaules et ralentit toute mouvance spontanée. C'est la faute au gris des jours. Suffisant pour que mon inspiration poétique revienne me hanter : « 'Fait chier en sacramouille…! ».

    Ok! La vie est terne, les jours sont gris et moi non plus. Constat.

    Et… Pop! Une bulle nouvelle d'idée saugrenue éclate et prend ses aises. Mais oui, pourquoi ne pas y avoir pensé avant.

    Un régime alimentaire allégé.

    Petit hein, rien de violent, je ne le supporterais pas. Avec le cœur, il faut être prudent. Non, non, quelque chose de délicat. Que dis-je, quelque chose de presque imperceptible.

    Deuxième niveau de constat : l'introspection!

    Que mange-je? Est-ce que je bois-tu trop ou trop peu? Est-ce que j'active suffisamment?

    Une rapide collecte de données plus tard, je m'adresse un dernier questionnement philosophique. Ou plutôt, je questionne l'image qui occupe toute la place dans mon miroir. Cette chose qui s'affiche si généreusement vers l'avant, est-elle due à une distorsion quelconque de la réalité ou si elle a réellement un lien avec le petit bedon rond que je m'indulge depuis quelques années? Dans le tain, il a l'air plus imposant. Je précise. Dans mon miroir, je vois une grosse bedaine molle et un tout petit moi, juste derrière. Et encore, ce petit moi à tendance à disparaître tellement je focalise sur l'autre partie de l'image.

    Décidément ça me dérange. J'en ferai donc la destination du voyage.

    Après la collecte, un coup d'œil annoté sur la situation initiale. Ouah! J'ingurgite vraiment tout ce que j'ai écrit sur cette grande feuille? Et à tous les jours? Plusieurs fois par jour? Dans le passé, quand des situations similaires s'étaient présentées, j'avais essayé de couper ce que j'aimais le moins dans tout ce que je mangeais normalement. C'est pratique mais, désolé ça ne marche pas.

    Un bon vieux réflexe judéo-chrétien refait surface : il faut que ça fasse mal. Je décide de ne rien couper mais de réduire largement et d'autant plus généreusement aux endroits où le plaisir actuel est grand.

    Ouille, les tartes. Ouille, le chocolat. Ouille, les sauces. Ouille, les quantités de plein plein de choses finalement. À ce stade, la même pensée poétique me revient. Criante, hurlante, énorme… mais… je vous ai déjà partagé son effet laxatif.

    On avance, on va vers l'avant.

    J'intériorise le plan et je me nomme une brigade de sécurité qui se loge dans mes arrière-pensées. Un genre de rempart contre les tentations d'abandonner. Un peu comme les brigades de gardiens de la révolution chez les chinois. Je rebaptise avec dépit : la brigade de gardiens du gros garçon. De là, l'idée de laisser traîner le pèse-personne au milieu du corridor. Imparable à mes levers. Mes journées débuteront dorénavant par un dialogue à sens unique, si ça se trouve, avec les chiffres qu'il m'annoncera. Je finirai par l'enjamber mais je sais déjà que ce sera avec un murmure d'insultes envers la machine bavarde, froide, et sans cœur.

    Une fois ma diète réduite à des équivalences de rations de survie, ma brigade continue son travail. On avance mais les pensées valsent.

    On doit bien pouvoir faire mieux!

    Facile à dire quand on n'est pas concerné. Moi je suis déjà bien au dessous du niveau que je considère comme acceptable.

    On n'a pas examiné tous les bénéfices qu'on pourrait tirer en accroissant le niveau d'exercice!

    On pourrait peut-être m'enlever une pinte de sang tant qu'à y être. Je marche déjà assez comme ça, impossible d'en faire plus. Et dernièrement on m'a maintes fois souligné que la marche, pour être valable comme moyen de perte de poids, doit se faire à une cadence très rapide. Je le fais déjà, et plutôt bien, alors j'aimerais profiter d'un petit répit côté exercice.

    Oui mais justement, ça prendrait un petit quelque chose de plus que le régime allégé…

    Bon, c'est reparti dans l'arrière-boutique.

    Le printemps arrive bientôt. Je vais recommencer à faire du vélo. Tout va rentrer dans l'ordre. Je vais être actif aux premiers jours du printemps. À ce moment ma diète de survivant aura probablement déjà fait quelques ravages. Ça devrait aller comme ça.

     

     

    Quand j'ai vu l'affiche annonçant 40% de rabais sur les équipements de ski de fond, ma brigade s'est emballée tout de suite. Mes pas n'ont eu qu'à suivre jusqu'à la porte d'entrée du magasin. La vendeuse était souriante, compétente, skieuse elle-même. Elle pouvait parer tous les arguments négatifs que je lui amenais. Elle a été parfaite dans son rôle.

    Ma brigade a tout de même pris le dessus sur ma raison quand la demoiselle a affirmé que ça ne se faisait pas des équipements de skis de fond pour les personnes de plus de 200 livres. Elle parlait en tant que spécialiste!

    À ces mots, la brigade du gros garçon m'a fait mettre la main dans mon portefeuille, passer à la caisse et sortir du magasin avec tout un tralala d'équipement sans trop que je m'en rende compte.

    Et vlan! Ça va lui apprendre à te dire des choses comme ça. On lui a bien montré que c'était possible, même pour les gros, non?

    Assis dans mon auto, je ressentais déjà le début de la fatigue d'une randonnée de ski. Pas moyen de faire taire mon équipe de contrôle… Patati, patati… on va bien voir qui fera quoi. Patata, patata… et dès demain à part ça. Pour moi, ça tournait en rond là. J'ai dû recommencer à m'affirmer :

    Le « quand » m'appartient. On a déjà franchi une grosse étape. Je suis épuisé moi. Assez pour cette semaine. Et puisqu'il faut tout dire, pour l'instant toute mon énergie est consacrée à la gestion des rêves fuyants de poutine dégoulinante de sauce épaisse, de chair de poulet croquante, de salades purgeant des peines d'emprisonnement à vie.

     

     

    Salomon! J'avais déposé mes skis et mes bottines sur la table de la cuisine. Ils me voyaient, assis au salon, inactif. Pour bien leur faire comprendre mes intentions, je me levai pour décrocher le livret fixé à mes belles bottes neuves et je retournai lire les mises en garde insipides du fabriquant dans mon fauteuil.

    Salomon! Eh, ça me plaît déjà. C'est pas… Chose-là… Ben oui… Tsé… Le roi qui voulait couper les bébés en deux pour débusquer les menteurs. J'aime cette attitude parce que c'était futé d'agir comme ça et je sais qu'il n'aurait pas été jusqu'au bout le gars. Le regard que je porte maintenant sur mes bottes est presque affectueux. Avec un nom comme ça, je me sens presque déjà en forme.

    Drôle de livret tout de même. Il a l'air gros mais il est écrit en tellement de langues : anglais, allemand, suédois, norvégien, hongrois, russe, français et d'autres. Vingt-deux en tout, même en japonais et en grec. Quand j'arrive finalement à la portion écrite en français, je constate que les instructions et mises en garde tiennent sur une minuscule demi-page seulement. Ému, je constate que nous sommes pareils lui et moi. Tout petits sous une enveloppe expansive mais trompeuse. Un autre bon point.

    C'était avant que je commence ma lecture :

    «  Le ski nordique est à la fois difficile et risqué. (Ça) implique des risques de blessures, voire de mort »

    De mort! C'est quoi la farce. C'était pas du tout mon plan.

     

    Oh, la brigade! On ne s'exprime plus? On affiche absent?

     

    Pas très rassurant. Je décide dès lors d'attendre avant de faire ma première randonnée… qui sera peut-être la dernière de ma vie, si j'en crois la brochure.

    À la dernière page, je note que Salomon (pas celui des bébés mais celui des enragés qui font mourir leurs clients) a des bureaux dans 53 pays. C'est pas rien. J'en suis impressionné. Je regarde de près et j'y trouve quelques pays de soleil éternel. Il y a une faille. Qu'est-ce qu'une personne qui vit aux Émirats Arabes ou en Afrique du Sud peut bien faire avec des bottines de ski? Je m'en trouve réconforté quand même. Les morts-là, qui sont cités dans le premier paragraphe du mode d'emploi… ben, ils doivent provenir de ces pays chauds. Y pratiquer un sport nordique tient de la prouesse et les risques se comparent sûrement à ceux du parachutisme ou du bungee. Ça peut pas savoir skier correctement des africains élevés dans les dunes de sable.

     

    Je laisse passer la semaine et je choisis une journée chaude pour renouer avec ce sport-pouvant-causer-la-mort. La veille je me suis assuré d'aller flâner du côté du débarcadère, histoire de gagner du temps avec ma brigade qui commençait à s'impatienter.

    Avant mon départ, je musèle ma brigade de chialeux et résous au meilleur de ma connaissance toutes les questions à l'agenda. Vêtements chauds, trop chauds, trop légers? Mmmm. Cire trop molle, trop dure. Lunch ou pas de lunch… NOOON! Surtout pas de lunch. On part avec l'intention de s'alléger le tour de taille, non?

     

    Et c'est un départ.

     

    Moman! Trop chauds qu'ils étaient les vêtements, trop dure la cire pour des conditions de printemps. Heureusement j'avais choisi une journée peu fréquentée alors je n'ai pas eu de difficulté à faire marche arrière au premier tiers de la première côte rencontrée. Devant l'absence d'adhérence de la cire, je n'avais pas le choix. Chaque mètre arraché à la piste me demandait tellement d'effort des bras, j'étais en nage dès le début.

    Retour à l'auto illico, après dix-huit minutes d'effort intense. Inouï! Comme courir trois marathons, dont un à reculons. J'en ai eu pour la semaine avant de me remettre. Tout ce temps j'ai enduré les monologues peu flatteurs de ma toute personnelle brigade qui avait repris du mordant malgré mes tentatives de lui enlever son mandat. Finalement la brochure avait raison quand elle parlait des dangers de pratiquer ce sport… quand il fait un peu chaud, bien sûr.

    Mais, toute mauvaise chose a un bon côté. Pendant la semaine de trêve précédant ma première sortie, côté régime, ça allait. Mon pèse-personne à désappris à afficher les 2. Son cadran oscillait dans le bon sens. C'était au moins ça de pris.

    Pour le sport extrême… je bisse bientôt, on verra bien. Peut-être, la neige des pistes craindra-t-elle tellement de me voir rappliquer qu'elle préférera fondre rapidement plutôt que de subir à nouveau les outrages de mes incartades.

    Alors je pourrai reprendre le vélo. Comme je le voulais au début quoi!

     

     


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 4 Mars 2013 à 14:09

    rireeeeeeeee hahahahaha ....jt'e l'avais ben dit comme dirait l'autres....Mais chu ben contente ...t'a fait' attention à toi ...J'ai adoré ce "monologue " intérieur....j'en ai des semblables....mais moi je ne suis rendue plus loin que le premier "fait chier"...mais il semble bien que c'est par là que cela commence si j'en crois ta réflexion et parfois ...cela fait ch..longtemps avant de décider de se lever du bol....

     

    super ton texte réflexion qui ressemble à nous

     

     

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Lundi 4 Mars 2013 à 14:52

    Une carricature évidemment. Dans la réalité ça ne s'est pas passé exactement comme ça. Un peu moins bien pour les choses qui ont bien été... je ne veux pas avoir l'air de me vanter. Et un peu plus mal pour les choses qui ont mal été... j'ai mon orgeuil tout de même. 

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