• Stanley

    Évasion estivale

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    STANLEY

     

    Avec ou sans vraie saison d'été, tôt ou tard, ça sent les vacances. Ça précurse quand les parlements se préparent à fermer boutique.

    Tous les leaders de partis donnent un point de presse pour clôturer la session parlementaire. Sans veston, sans cravate et même parfois sans vrai message. Tenteraient-ils de prouver que les images de marionnettes sont en fonction uniquement pendant les mauvais mois, qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. En juin, ils rêvent déjà de vacances à la campagne. Aussi, ils font un peu comme en campagne électorale et s'arrangent pour laisser une bonne impression dans la tête des braves gens. Ce n'est pas le bon moment pour parler de ses bêtises alors on fait silence sur ses bévues des derniers mois, même pour s'en défendre. Ça allège déjà beaucoup le message. Cependant, du même souffle, chacun souligne les bourdes dormantes des autres. L'information se rend quand même au client mais par la bande.

    Mine de rien, les meneurs s'entourent de leurs bras droits. Comme s'ils pouvaient jouer à la pieuvre et en avoir plusieurs. Mais ça se fait. Pour un politicien, rien n'est impossible. Si le groupe est grand, les bras droits s'enroulent ferme autour d'un point central : on le veut compact pour se satisfaire de l'image projetée. Malheureusement ça sent toujours la mise en scène. On dirait des relents de boules à mites sur un manteau d'hiver fraîchement sorti du placard. Grosses tâches, petites taches pour chacun.

    Chaque parti adopte le même modèle. Le cheuf, permanent ou intérimé, parle en se tenant au milieu. Ses bras dits droits, l'entourent à gauche, en arrière et même à droite. Leur rôle c'est le hochement de tête inconditionnel à tout ce qui sort de la bouche de l'autre… sans trop bouger. Si on retrouve des mentons pendants dans le lot, la crédibilité de l'ensemble s'en trouve affectée.

    Quand la politique affiche la journée des poupées hawaïennes consentantes, c'est un présage de vacances aussi sûr qu'une famille d'hirondelles bien nichée.

    Ça revient invariablement à chaque année. Un élément fixe du calendrier.

     

    Pour pimenter la vie, il y a les pics rafraîchissants de l'actualité.

    Entre autres, cette année on pourrait raisonnablement prévoir que la ville de Détroit change de nom à la fin de l'été. On ne peut être sûr de l'impact qu'aura la faillite sur cette ville, mais elle pourrait être tentée de revamper son look après l'épreuve. Avis aux collectionneurs d'éléments uniques et de souvenirs impérissables. Détroit pourrait bien être une destination vacances ultime.

    Ça vous dirait d'être son dernier touriste?

    Ça serait dommage de rebaptiser. J'aime bien ce nom-là : D É T R O I T. Vous noterez qu'avec un tout petit caprice d'accent en moins, Détroit s'écrit de la même manière en français et en anglais. Une quantité innombrable de villes ont cette particularité mais il ne faut pas tenter de faire l'exercice avec Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson… Babélisation prévisible.

     

    Pour Chicago aussi, l'anglais vaut le français : c'est C H I C A G O pour une langue ou l'autre.

    Cocasse.

    Certains mots sont comme ça : bons à tout. Mais, bon, rien n'est éternel. Chicago n'échappe pas à la règle. Dorénavant il faudra faire avec le nouveau nom pressenti pour l'endroit. Lui aussi, il se prononce et s'écrit de la même façon dans les deux langues.

    Dorénavant ça s'écrira Stanley : S T A N L E Y.

    Oui, depuis le 24 juin, depuis que les deux buts en 18 secondes ont collé les lèvres des joueurs des Hawks à la coupe, Chicago est devenu Stanley.

    • Ça va venir vite maintenant, où vas-tu pour tes vacances cet été?
    • Les p'tits veulent à aller à Stanley. Ça va être la première fois, tu sais. C'est important des souvenirs de vacances pour un p'tit… Ben quand un p'tit est vraiment petit, j'veux dire. Ça va être encore plus important, plus tard. Quand il va être grand. Il va avoir des p'tits souvenirs de grands moments du temps où il était p'tit. Et plein la tête.
    • Ah!!
    • Et puis ça fait cool, tu ne trouves pas? Y es-tu déjà allé à Stanley?
    • Euh, non.
    • T'as pas eu une belle enfance hein? C'est ça?
    • Non… c'est pas ça. C'est juste que dans mon temps, les noms de villes ne changeaient jamais. C'était déjà des vieux noms alors tout jeune, j'avais des vieux souvenirs, c'est bête de vieillir si vite, non? « Chicago, la ville des vents on disait… » Quétainerie!
    • Tes jeunes sont chanceux.
    • Je m'imagine qu'on va être plusieurs à Stanley en juillet alors j'ai déjà réservé les chaises de bords de… de bords de… choses là.
    • Bords de choses…?
    • Oui, près des bandes de la patinoire. J'ai réservé des chaises-longues dans les rouges. Y paraît qu'y vont installer une piscine à l'endroit où était le rond de glace. Des vacances cool, sans coups de soleil et dans l'eau fraîche. Les refroidisseurs sont installés en permanence. Pour la glace l'hiver… tu comprends?
    • Mais, la piscine, c'est seulement une hypothèse. Peut-être qu'ils ont imaginé autre chose pour les touristes, à Stanley. Peut être ça sera pas ça du tout. Mais, au moins on est sûr d'avoir des places assises. J'ai payé avant de partir. Pour ça chu prévoyant.

     

     

    Ici c'est juin, le 22 est derrière nous. Le printemps assassine déjà l'année. Oui, oui, des miettes au début mais le lent déclin est amorcé. On ne peut pas encore apprécier les effets du récent solstice en termes de lumière perdue ou de feuilles jaunies, tombées ou rougies, mais c'est latent, évolutif.

    Cette année, ça s'est fait avec un élément supplémentaire au niveau de la subtilité.

    Quelques jours à peine après que Stanley se soit imposé net-fret-coupe dans le vocabulaire, j'ai vu trois parties de football en trois jours à la télé. Incroyable! Hockey :1, football : 3… dans une même semaine d'été.

    Un autre signe indéniable.

    Eh! Les citrouilles ne sont même pas mûres encore. On n'a pas eu le temps de se faire l'œil pour bien évaluer les verges gagnées ou perdues lors des jeux au sol mais le sport de l'heure est quand même devenu le football en un cillement. Le temps de s'asseoir quelques samedis après-midi, le temps de caler quelques bières d'admiration et les quarts arrières de la CFL vont déjà rire jaune… plus pâle. Jaune septembre.

     

    Avant de couronner l'automne, moi aussi j'aimerais aller en vacances. Faute d'aller à Stanley, je regarde du côté de la province de Québec. Ça devrait être facile à choisir comme périple. À la télé, le thème général, toutes régions confondues, semble être :

    « Visitez le Québec. Dépensez dans votre province. »

    Intéressant, même si, pour les déplacements, il y aura toujours des policiers pour appliquer leur toute personnelle devise :

    « Donne-moi ton numéro de plaque et je te dirai qui tues »

    Oups… ça faut l'espace tout de même. « … je te dirai qui tu es. » Voilà! Des fois je me demande si je le sais moi-même mais, avec les fichiers centralisés, c'est pas sorcier pour quiconque voulant se faire rapidement une idée. Je peux en apprendre sur mon propre compte de cette façon.

     

    Je n'ai jamais vu autant de sollicitation pour des vacances locales que cette année. Bien sûr chacun y va à sa façon pour dire que chez eux c'est bien mieux qu'ailleurs. Il y a tellement de mise en marché télévisée pour les destinations québécoises que, je suis sûr que dans bien des régions, on trouve des gens qui se sentent nuls d'habiter là. C'est tellement plus beau ailleurs qu'on nous dit.

    Les destinations iou-esses mises à part, en juillet, plein de monde va faire un saut de côté pour visiter les merveilles chez les voisins québécois… à tort ou a raison.

    Les régions se vendent comme des cannes de binnes maintenant. Comme les binnes aussi, il y a des catégories : des formats.

     

    Montréal et ses festivals, c'est le giant pack, on n'en parle même pas parce que Montréal ben… c'est Montréal. Ça suffit comme argument. Un pôle ça polarise, c'est son rôle.

    Vers Trois-Rivières on tombe déjà dans le format king size. Les trifluviens se sentent obligés de s'énerver un peu plus fort pour s'affirmer. On devine des budgets plus gros pour (à peine) parler de quelques musées. Pas un mot sur les balafres laissées par l'industrialisation de la place au cours du dernier siècle.

    De format similaire, dans le cas de Québec, c'est plus nuancé. On passe par les facilités d'hébergement pour séduire. Il y a tellement de promotion et de publicités à ce sujet que ça devient difficile de croire qu'il existe autre chose que des hôtels autour des Plaines d'Abraham. Ah c'est sûr, pour une vacance de reniflage de matelas, c'est une belle destination. Je suis sûr que quelqu'un pourrait se taper deux hôtels par jour pendant un mois sans épuiser le répertoire. On pourrait facilement tomber dans le genre :

    • Attendez! Ce n'est pas tout, si vous commandez mainténant, nous doublerons notre offre. En plus, vous aurez droit à plein d'après-midis dans les centres de massages en banlieue.

    Les gens de Que-bec doivent être relax et reposés au max. Le stress ne semble pas habiter la région. En ajoutant un petit spectacle, ça devrait plaire beaucoup à l'intra.

    Après ces grands formats, on tombe dans de plus petites formats. Toutes les autres régions veulent dévorer leurs pointes de morceaux de touristes.

    Vous ne voulez « pas aller au bout du monde pour décrocher »? C'est les Cantons de l'Est qu'il faut choisir, c'est leur thème général pour présenter le lac Memphrémagog accompagné d'un visuel de gros plans de l'eau d'un gros plan d'eau.

    Vous cherchez la sérénité? « Charlevoix : (ce n'est) que du bonheur ». Ça aussi, ça risque l'affluence du côté de l'Isle-aux-Coudres ou de Baie-St-Paul parce que le bonheur, c'est plutôt populaire comme cible de vie. Dans le même registre, mais en plus capiteux, la vallée Saint-Sauveur propose « le plaisir des sens ». De beaux endroits pour cochonnet. Ailleurs dans les Laurentides, on mise sur le ludique avec « Notre décor – Votre scénario ». Pour les adeptes de la vertu et du dépouillement, c'est du côté de Portneuf que ça se passe : « Pur et simple ».

    « Bas Saint-Laurent, réserve mondiale de bon temps… ». Il me semble que là, on tend vers quelque chose de plus aérien; d'encore moins téléphonie cellulaire névrosée. Du bon temps ça doit probablement faire vieillir en beauté. C'est le temps qui fait vieillir, alors s'il est bon… les rides doivent être plus rondes, plus invitantes. Ça me parle en murmure, ce thème.

    Ailleurs, le message est plus celé. Pour vendre l'Outaouais on dit : « l'ailleurs c'est ici, il faut le voir pour le croire ». WOW! Moi, ce message m'habite depuis un bon mois mais ne m'incite à l'action d'aucune façon : il me gèle ben raide. Il me semble y avoir un f**k dans la formule. Comme si on nous disait, viens nous voir : on se charge de te faire sentir que tu ne seras jamais chez-vous… Vraiment pas sûr. Et puis, les ouaireux c'est pas mon genre.

    Aux extrémités du territoire québécois, les gens sont différents. Les messages aussi.

    D'abord il n'y existe pas de pont Champlain ou de voie métropolitaine à échangeurs. Personne n'en veut. Ces régions invitent aussi mais on se garde une gêne juste au cas où le reste de la province s'apercevrait de tout ce qu'il perd à ignorer l'endroit…

    Sur la Côte Nord, on attaque de front le nombril urbain qu'est Montréal. On présente les plages comme des trottoirs et les bateaux rustiques échoués comme des stationnements. J'entends presque…

    • Vous pouvez venir mais pas trop à la fois. Et pi… parlez pas trop fort, ça pourrait déranger le souffle du vent qui wave dans la marée.

    J'aime tellement la sagesse de cette formule. C'est mon coup de coeur.

     

    Mon nord est empreint d'un message relativement marginal, qui lui permet de se démarquer du lot. « L'Abitibi-Témiscamingue : Mon west – mon voyage ». Déjà à la signature, on sent que ça fait moins salon de thé. Il ne reste qu'à diluer la sobriété du slogan par un petit concours qui permet de gagner un Wesfalia d'époque pour donner à la démarche un allant populaire. Vous avez participé? Participation facile et rapide jusqu'à la mi-août sur le site. L'enjeu est intéressant. D'évidence, l'Abitibi-Témiscamingue n'est pas l'endroit où les portillons vont tourner le plus fort cet été. Je ne m'en plains pas. L'invite fait camping et moi j'adore la majesté du cri du huard. Côté monarchie, c'est mon seul penchant.

     

    Pendant que je brasse toutes ces vérités assouplies, juillet s'installe. De mon côté, je ne sais plus trop quelle marque de binnes acheter ni à quel format adhérer.

    Avec les vacances de la construction, la canicule englue l'air qui prend une texture plus onctueuse. Ça change tout. Je deviens moins mobile tout à coup.

    Le vent ne parvient pas à semer de rébellion dans le vert des arbres. L'ondoiement des feuilles semble paresser dans le beurre des journées.

    Sur les routes, les policiers ont ajusté leur credo :

    • « Donne-moi ton numéro de plaque et je te dirai qui tu hais… »

     

    Comme si l'épaisse chaleur qui enrobe les heures n'était pas suffisante en soi, les rues de ma ville sont désertes. Elle devient méconnaissable. On dirait ailleurs, sans le cliché des formules toutes faites.

    Je découvre alors de tous nouveaux paysages. Je pars à la découverte de mon nouveau vieil environnement.

    Vélo sous la fesse ou sandale au pied, je verse un regard frais sur le grand plateau de calme urbain que m'offrent les évasions estivales de mes concitoyens. J'aime ça les promotions de binnes des destinations vacance. Contre toute attente, ça me sédentarise. Je décide de faire comme un poisson dans son aquarium : local, bocal.

    Sans tambours, trompettes ou slogans, je me paye des quotidiens simples et bonheurs. J'y gagne à la fin, quand les autres rêvent à leur Stanley toute l'année.

    On n'est à l'abri de rien. J'aurai probablement des rêves tardifs d'évasion moi aussi, mais les binnes ne seront sans doute pas au menu.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 30 Juillet 2013 à 05:06

    Je pense que tu as fait pas mal le tour..pis un beau en plus , parce que j'en connais plein de monde qui s'en vont exactement là que tu  décris....

    Ben moi c'est drôle hein, c'est quand le monde s'en vont que j'ai le plus le goût de rester che nous...Mais tu sais fais toi z'en pas , si ''che nous'' c'est pas mieux ''che vous'', je t'en ferai des bines si tu y tiens...

    une chose: la police de la région de Lanaudière a bien à coeur notre bien être à TOUS ....comprendre qui faudra rouler doux doux ici ...parce que c'est à l'année le '' Donne moi ton no de plaque ...sinon..

    tu ais mort....''

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Mardi 30 Juillet 2013 à 05:43

    Ben oui, avec tes talents en cuisine, c'est pas une fèves au lard qui va te démonter. C'est calme en tout cas. Un bel ailleurs ici.

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