• Surfacing

    Une autre facette du nord; de la vie en général. Une quête intense

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    FAIRE SURFACE - SURFACING (fiche de lecture).

    Margaret Atwood, (Première édition en anglais par Wildwood House,1972)

     

    FAIRE SURFACE

    Une longue exploration au pays de son enfance, amène une femme et quelques amis à séjourner dans un chalet au bord de l'eau en région éloignée. La quête identitaire du personnage principal se perd dans une démarche d'enquête pour élucider la disparition récente de son père.

    Ses habitudes citadines sont confrontées aux préjugés bien enracinés dans les petites communautés. Retour aux choses essentielles de la vie.

     

    On reconnaît aisément les descriptions de la nature du nord-est ontarien et de la région de Témiscaming - Kipawa.

     

    Un livre très bien écrit. Quelques belles, belles phrases malgré une traduction misérable :

     

    « … le silence des eaux mouvantes… (?) » // « … the hush of moving water… »

    « … me voilà dans le village, j'attends que m'enveloppe la nostalgie… » // « … I'm in the village, walking through it, waiting for the nostalgia to hit… »

    « … son visage… tanné et plein de retenue comme une valise fermée… » // « … his face leathery and retained as ever, like a closed suitcase… »

    « … la bouche ceinte de parenthèse… » (?) // « … mouths wreathed in parentheses… »

    « … l'eau émet une lueur glacée, lune de zinc qui se brise sur les vaguelettes. » «  … the water gives off icy light, zinc moon breaking on small waves. »

    « … la peur comme l'amour a une odeur… »

    Etc…

    Ça donne le goût d'aller lire à la source pour voir comment l'histoire est plus belle sous son jour original et aussi, de connaître l'auteure.

    La traduction littérale du titre fait pitié. Quand un sous-marin remonte on dit qu'il fait surface. Dans le cas de « Surfacing », c'est d'une émergence dont il est question. Émergence à la surface d'un lac bien sûr mais surtout, émergence d'une longue et triste période de vie où la femme s'était égarée.

     

     

    RELECTURE – VERSION ORIGINALE ANGLAISE DE SURFACING (juste pour voir).

    L'écriture est plus originale et riche. Un peu difficile à lire même pour quelqu'un de pas mal bilingue. Les descriptions sont très imagées. Dès les premières pages on saisit clairement les particularités d'un petit milieu où cohabitent anglophones et francophones sans que les gens ne soient vraiment bilingues. La rencontre avec « madame » qui parle un français « régional » et une femme du village de langue anglaise mais qui peut émettre quelques sons en français est d'une précision particulière. Les phrases truffées d'expressions de mauvais français, décrivent à merveille les solitudes profondes malgré toutes les bonnes volontés. La visite au magasin général rend également le même thème à merveille en plus de souligner la mentalité fermée des petits milieux isolés quand les gens sont confrontés à des étrangers.

    Le mélange occasionnel des langues, rend le texte difficile à lire mais lui donne une précision chirurgicale.

    « Bonjour monsieur, I say when I am at the fence… »

    « Ah il fait beau, oui, il fait beau, ban oui. When she had ground to a stop both would think desperatly, chairs rocking. »

    « Ow are you? Madame would scream, and my mother, after deciphering this, would say : Fine, I am fine. »

    Ou encore, un peu plus loin… « His car, she is here, with me. »

    La description des deux dames une anglaise et l'autre française se faisant des mondanités sur le balcon du chalet en attendant leurs maris, est d'une finesse rare.

    Une femme est avertie par lettre, par un ami de son père, de la disparition soudaine de celui-ci qui vivait en ermite sur une île, en pleine forêt. C'est parce qu'elle veut voir d'elle-même qu'elle revient au pays de son enfance avec ses trois amis.

    Sous le prétexte de tourner un film, les deux couples s'installent pour un court séjour dans le chalet du disparu. En quelques pages on apprend que la femme s'est pratiquement enfuie de l'endroit plusieurs années plus tôt pour échapper aux préjugés. Un mariage, un enfant et une séparation plus tard elle revient sonder l'absence de son père. Les fantômes de son enfance sont au rendez-vous. Le récit prend un peu des allures d'enquête quand elle cherche à déterminer la date de disparition de son père par l'allure des herbes folles dans le petit jardin à l'abandon ou par l'état des sentiers dans la forêt.

    Ce livre est à propos d'une quête. Quête d'une fille vers son père. Quête d'une adulte qui fouille dans ses souvenirs pour avoir le courage de continuer à vivre malgré son divorce, son enfant abandonné.

    Au premier jour sur l'île, le groupe entreprend une expédition dans le bois à la recherche d'indices. Sans résultat.

    Les descriptions sont prenantes : la pêche au doré, la préparation d'appâts naturels, le souvenir de ses expériences avec les enfants du village, les allures de conquérants des touristes américains en mal de grosses prises sur le lac.

    Au fil des pages, le roman se promène entre l'intrigue policière et l'introspection du personnage central.

    La visite impromptue d'un américain désirant acheter la place déclenche, une recherche dans les affaires du père pour trouver quelques papiers légaux. Elle découvre alors des arguments à l'appui d'une passion de son père pour des fresques qu'il avait découvertes sur les parois d'une grotte accessible par un lac voisin. Pour les quelques jours qui restent à la semaine de réclusion, elle y organise une partie de pêche pour le groupe.

    En même temps qu'elle étaye les événements entourant la disparition de son père, elle fait le point sur l'allure de sa vie et refuse une proposition en mariage de son amoureux de l'heure. Fouiller dans le passé de son père signifie aussi fouiller dans son passé à elle et se projeter dans l'avenir.

    Puis tout devient curieusement dense. 4 personnes en isolement sur une île pour une semaine, permettent d'explorer la prépondérance de la nature et de l'environnement sur l'activité humaine. L'action trouve le moyen de refléter la palette des émotions et comportements humains : la tendresse, la déception, les abus, le sexisme, les peurs, la foi, les haines légères qui demandent réparation et les haines sourdes et profondes comme la mort. Un microcosme de société dans un confinement étroit, dans un espace-temps minime.

    Quand elle découvre finalement que son père s'est noyé, le nœud qui plombait sa vie à elle, remonte à la surface. Un espoir de vie anéanti. Le drame d'un avortement non souhaité, raison de son départ il y a plusieurs années.

    Elle recentre son entourage en fonction de ses valeurs profondes inextinguibles et visite la folie pour faire la trêve avec son passé. C'est le prix à payer pour ne pas devenir irrémédiablement folle. Après une inimaginable tempête intérieure, elle redevient pareille à la terre nourricière. Porteuse d'espoir. Enfin prête au compromis et peut-être même à offrir la vie.

    Une lecture troublante.


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