• Tortilla Flat

    Premier d'une trilogie donnant le ton caractéristique si cher à l'auteur. Reflet d'une époque révolue.

    Tortilla Flat

    (John Steinbeck, 1935, collection des prix Nobel,éditions Rombaldi,(1962)

    Peut-être le livre qui profile le mieux la démarche de Steinbeck. Des gens démunis, des perdants désoeuvrés. Un ramassis de laissés pour compte organisés. Philosophes d'occasions, philantropes à la gomme. Que se passe-t-il quand des opportunistes rencontrent une opportunité en or?

    Tortilla Flat est un quartier d'ouvrier, un ghetto pour sang-mêlés, de la côte californienne en contrebas de la chic cité côtière de Monterrey. Quand Danny, un paisano natif de l'endroit sans domicile fixe, a hérité de deux véritables maisons à la mort de son grand-père, son entourage s'est soudainement mis à le traiter avec toute la considération dévolue aux riches. Danny entrait dans la catégorie des « possédants ».

    Son ami Pilon lui loue une des deux maisons sans jamais lui payer un sou de loyer. Rapidement elle est incendiée accidentellement par l'ami Pablo, lors d'une beuverie mémorable.

    D'autres âmes en errance, Big Joe Portagee,Jesus Maria Corcoran, le Pirate et ses chiens, Pablo, Johnny Pom Pom, se prirent tellement rapidement au jeu d'une nouvelle amitié envers Danny qu'ils ont tous voulu habiter la maison de Danny avec lui. Après l'incendie, Pilon s'affuble aussi de la même prétention; une étrange communauté se met alors en place. C'est un le monde à l'envers, l'éloge de l'anti culture.

    La seule possession que Danny défend farouchement est son lit. Dans le ton du roman, emprisonné pour méfait public, Danny a maille à partir en cellule avec une colonie importante de punaises : « … les punaises le tourmentèrent un peu mais bientôt elles s'accoutumèrent au goût de sa peau, il s'habitua à leurs piqures et on vécut en paix ». Il n'y en a pas de problèmes…

    De péripéties en étranges humanités, tous se retrouvent sous le même toit à faire l'éloge du sentiment d'amitié qui germe tellement facilement en terreau de crédulité. La vie se déroule d'exploits de bouteilles en larcins en petits vols de poules ou de vin. Même les visites chez Torelli, l'usurier local, n'ont qu'un but : rafraîchir les gosiers secs.

    Le périple du cadeau de l'aspirateur à la tendre Sweet Ramirez pour obtenir ses faveurs est d'une hilarante candeur.

    Chaque portait brossé est digne d'un Vaudeville. Il y a tout de même des drames malgré ces ambiances loufoques. À terme, Danny finit par déprimer dans sa dérive et à en succomber. Après son départ, l'individualisme des membres de la bande refait surface et l'aventure se termine d'une façon grandiose.

    Malgré (et probablement « à cause de… ») leurs faiblesses et de leur crédulité, les personnages sont attachants. On les accueille spontanément. Ils ressemblent tous autant qu'ils sont, à des gens qu'on connaît ou qu'on a connus.

    L'agencement des séquences de l'action est aujourd'hui désuet, la traduction de l'américain par Brigitte V Barbey est un rien trop pointue. Malgré tout, ce livre est un heureux incontournable.

     

    Dans la même veine cependant que La rue de la Sardine (Cannery Row) publié dix ans plus tard. Tortilla Flat est le premier d'une trilogie qui se termine en 1954 avec Tendre Jeudi (rue de la sardine II).


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