• Victoire

    Il n'y a rien comme la ténacité, j'ai bissé.

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    VICTOIRE

     

    Après les péripéties vécues à ma sortie initiale en ski de fond, j'avais décidé d'attendre la bonne fenêtre, comme on dit en politique. J'aimais mieux patienter le temps que se calme la tempête de douleurs musculaires entamée. Cette pause m'a rappelé que le but de la chose n'était pas une participation pour les olympiques de Sotchi. Avant d'y retourner j'attendrais Galarneau!

    Miss Météo, pas celle de mes poèmes mais la vraie, avait annoncé du soleil pour aujourd'hui seulement, avant le retour du calme gris de l'hiver.

    En me levant, j'ai été un peu malheureux de constater qu'elle avait dit vrai pour l'ensoleillement. Aujourd'hui, pas question de revivre les affres de la première fois. J'ai donc commencé par me questionner côté tenue vestimentaire…

    • Pardon?

    Non, pas de Jean-Paul Gaultier à l'horizon… le seul Jean-Paul que je connaisse, qui s'identifie un tant soit peu à ce nom c'est Gauthier : Jean-Paul Gauthier. Lui, il est plus à l'aise dans la soudure de tuyaux que dans la couture de manteaux.

    Non, non… c'était un questionnement tout personnel, un rappel des chaleurs de la dernière fois. Ce matin, une simple manche courte et un polar. Pas de lourde laine, pas de veste en nylon, la température de dessus zéro ne me le pardonnerait pas. Pareil pour la cire, je réduis la texture d'un grade et j'apporte le bâtonnet avec moi cette fois, juste au cas.

    Noranda, c'est fantastique à ce chapitre. Une visite chez Loblaw pour récupérer une carte de paiement oubliée la veille (!!!) et je traverse directement le boulevard Rideau. Voilà pour l'intégralité du trajet. Je suis déjà au départ de la piste… comme ça, en pleine ville.

    Le site a été développé par un club local de services : le Kiwanis. J'ai déjà fait partie de ce genre de regroupement dit club social. Moi c'était avec les Kinsmen, il y a longtemps. Un membre de l'époque avait eu l'idée de doubler la force de bénévoles disponibles en créant les Kinettes. Le club pour les dames de… J'aimais pas trop, trop, l'image que ça projetait et le look anglais mais, bon. Le monde minier de Rouyn a des origines très anglaises et demi. La prolifération des clubs du genre remonte à loin. Les Richelieus avaient leurs Richebelles… Ouh! Les Lions, leurs Lionettes… Ouah-Ouh! Les membres du club Kiwanis devaient avoir leurs Kiwaniennes, je suppose. Bon, pourquoi je m'embarque à vous parler de ça moi?

     

    Ah oui, pour vous dire que l'idée d'installer et d'entretenir des pistes de ski accessibles directement de la ville vient du club Kiwanis. Jusqu'ici que du positif. Le point de départ des pistes, c'est la traversée d'un petit lac qui s'appelle… qui s'appelle… devinez… Kiwanis aussi. Original non? Non, je sais, mais je voulais le souligner.

    Pas du tout original finalement. Le projet de pistes lui-même s'est appelé… vous devinez? Non, non, ça ne s'est pas appelé Kiwanis, tout de même. Ça faut un « s » de plus. « Skiwanis »… vous voyez-tu la nuance? À cause de la nature même du sport qu'on y pratique.

    J'ai l'air de me moquer, mais si peu. C'est fantastique cette affaire-là.

     

    Quand on a embarqué sur le petit lac, ma rougette et moi, le soleil éclatait. De petits sapins, sans doute récupérés de l'après-Noël, ont été alignés tout au long de la partie de la piste pour la longueur du lac. Écolo et pratique du même coup, j'aime bien. De l'autre côté, ça débouche dans un petit boisé et c'est parti.

    Comment il s'appelle le boisé? Non, vous n'y êtes pas du tout. C'est le boisé Senator, du nom d'une ancienne mine qui y opérait jadis. Vous avez remarqué l'absence d'accent et le « o » de la fin? C'est ce que je disais tantôt à propos de l'influence anglaise.

    J'ai vu arriver avec une certaine anxiété, la côte… que dis-je, la butte, qui m'a fait crier chute à ma première tentative. Et hop! Un peu de tap-tap et ça monte en flèche. Du bonheur m'habite. J'avais bien jaugé l'épaisseur de mes vêtements et la texture de ma cire. Rougette gardait le rythme. Pendant les deux heures et demie de ma randonnée j'ai probablement parcouru sept ou huit kilomètres en tout. Le parcours a été entrecoupé d'une séance de bronzage intensive quand je suis arrivé à une intersection appelée les deux bancs. Devinez-quoi? Il y a vraiment deux bancs.

    Pas un chat. Presque pas un bruit, un peu de brassage de cimes d'arbres. Quelques tocs de pic-bois. La sainte paix au chaud du jaune de la journée : à l'abri de la brise. Moi la face au soleil, rougette la face dans la neige, sans broncher. Tout était pour le mieux.

    Paradisiaque.

    Je n'étais pas peu fier de découvrir que, de l'autre côté de la côte déception, comme j'appelle mon point de retour de la dernière fois, la pente descendait en long et en douce. J'ai dû redécouvrir mes anciennes techniques. Le tap-tap pour coller la cire des skis à la piste dans les petites remontées. Les pas de canard pour les vraies côtes. Je me suis même permis d'essayer quelques pas à la Jack Rabbit en sautillant et transférant rapidement le poids d'une jambe à l'autre.

    Comment? Vous ne connaissez pas Jack Rabbit?

    C'était un vieux norvégien d'origine, je crois. Il vivait dans les Laurentides et malgré son grand âge, il avait la vieille …'taine avancée, il dévorait les pistes ski de fond tous les jours que l'hiver amenait. Une icône. Tout le monde en parlait.

    Il y a trente ans, dans le marché, il y avait la cire Jack Rabbit… les skis Jack Rabbit… les vêtements de ski Jack Rabbit etc. Avec tous les étés qu'on a eus depuis ce temps, il est probablement mort d'inaction ou de chaleur.

     

    Après le lac, j'ai suivi la piste numéro trois. Et puis, la sept. Après, ce fut la deux. Puis la huit… oui, oui, comme mon poème « Ma Huit ». Mais elle, ça ne peut pas être « ma » huit; trop personnel ça. Alors, je l'ai appelée « la-huit-à-skis ».

    Je confesse une seule chute. Tellement mineure que je suis resté allongé sur le dos, la face dans le ciel bleu de jaune pendant quelques bonnes minutes, le temps que s'éteigne mon sourire intérieur. Après, j'ai puisé au souvenir de ma technique de relève : bâtons jumelés, skis bien crampés dans la neige et on pousse tant qu'on peut. Il n'y avait vraiment pas de monde alors je ne me suis pas fait de fracture lors de cette chute. Fracture d'orgueil évidemment.

    J'en ai pour un petit mois avant que les pistes ne meurent au soleil. Je n'ai pas l'intention de laisser passer beaucoup du soleil-neige qu'apporte toujours mars. Demain matin, je fais une petite lâcheté d'agenda. J'oublie une obligation que j'avais et je barbouille à nouveau le dessous de mes skis de cire rougette. Je me propose le même parcours, histoire de m'habituer l'œil au calme, au beau.


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  • Commentaires

    1
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 15 Avril 2013 à 03:30

    merci pour la virée de calme neige et tranquililté...c'est beau luxe pas cher

     

    IsaMalina x

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